La croisade a velo des Jean-sans-terres ne polluera pas les routes de la region…

Ils préfèrent la richesse du bonheur intérieur brut à celle du produit intérieur brut. Ils sont paysans, petitement installés ou en devenir.

Ils réclament un peu de justice dans la répartition des sols à cultiver. Ils abhorrent la spéculation, les ententes entre marchés, ils ne sont pas syndiqués car ils estiment que les organisations de défense collective ne favorisent pas le partage équitable de la terre, voire encouragent la hausse de son prix aux endroits stratégiques périurbains. Ils sont partis d’Arras hier pour treize jours de pédalage (bon pour la nature et la forme physique) à travers le Nord et le Pas-de-Calais, avec escales chez des potes paysans.

 

Petits bonheurs paysans

Entre deux, ils auront aussi rencontré quelques décideurs et acteurs au sein du monde paysan : Jean-Bernard Bayard à la cité de l’Agriculture à Arras, le directeur de la SAFER (« un organisme public qui aide plutôt la grosse propriété », disent ces paysans en quête de terres), des responsables de la FNSEA à Wavrin (« un syndicat qui n’a jamais voulu s’affilier aux régimes maladie et retraite de la sécu »), de la Confédération paysanne en congrès à Lille mercredi.

« On défend deux types d’installation, explique Martin Boutry, un parmi la quinzaine de paysans voyageurs. Un circuit court, où le producteur vendra directement ses légumes, sa viande, son miel, son pain, par exemple, au consommateur. » Le second schéma, c’est carrément la « paysannerie familiale, où l’homme produit des nourritures pour sa consommation personnelle, en plus petite quantité que dans le circuit court. Avec l’idée de troc entre voisins, de prêt de main d’oeuvre. C’est mieux que d’aller chômer en ville, non ? »

Le couscous du voyageur

Un cyclotour comme celui-là a déjà été expérimenté en Bretagne en 2010. Ces micropaysans veulent enfoncer le clou petit à petit, pour dénoncer la concentration des terres agricoles et des fermes, l’effacement des personnes actives, les pratiques mafieuses des dessous de table de locataire à locataire, au nord de Paris. Et encore la vente de moindres parcelles pour en faire des routes, des surfaces commerciales : « Ça rend les propriétaires fous ! » Et ça complique singulièrement la recherche de surface à cultiver à petite échelle.

Pour se nourrir en route, ces jeunes et moins jeunes ont embarqué une grosse gamelle où ils feront cuire chaque soir du riz, des légumes, des graines à l’eau, sur un poêle à bois. Le pain ? Fabriqué par un collègue. La viande ? Achetée sur place… •

Source : DANIELLE BÉCU – Les rédactions de La Voix du Nord