L’article qui suit sert d’introduction historique et politique au texte « 1943-1945 : les partisans anarchistes dans la résistance italienne », traduit par un compagnon de Caen, texte qui lève le voile sur une page d’histoire du mouvement anar italien qui est assez peu connue en France.
Le mouvement anarchiste sous la dictature fasciste:
Le mouvement anarchiste était politiquement et syndicalement assez influent en Italie au début du 20ème siècle et il fut très actif durant le « bienno rosso » (les 2 années « rouges » qui suivirent la fin de la première guerre mondiale, années qui virent éclore de grands mouvements de grèves et d’occupations, parfois armées, d’usines et de terres). Bien évidemment, cela lui valut d’être particulièrement visé à la fois par la répression étatique et par le fascisme montant. Par la propagande, la grève et l’action armée (importante participation anarchiste aux « Arditi Del popolo », une organisation prolétarienne d’auto-défense contre les attaques fascistes), le mouvement anarchiste s’opposa, vigoureusement mais malheureusement en vain, au développement de la terreur fasciste. Celle-ci était soutenue par l’État et la grande et petite bourgeoisie (agraire, industrielle, financière et commerçante) qui voyait dans le fascisme un excellent moyen de liquider un mouvement ouvrier et paysan trop entreprenant, radical, incontrôlable et tenté par les idées révolutionnaires. Entre 1919 et 1922, les escouades armées fascistes dévastèrent des milliers de locaux politiques, syndicaux, de journaux militants, d’imprimeries, de librairies, de mairies de gauche, de coopératives ouvrières et paysannes, tuant des centaines de personnes et en blessant, plus ou moins gravement, des dizaines de milliers d’autres avec la bénédiction du pouvoir et parfois la protection directe des forces de l’ordre.
Une fois Mussolini invité au pouvoir par le roi après la mise en scène de la marche sur Rome en 1922, le régime fasciste, déjà féroce, ne cessa de se durcir avant de devenir ouvertement dictatorial en 1925 et 1926 avec le vote des lois « fascistissimes ». Le parti fasciste devient parti unique, les autres sont interdits, les syndicats sont dissous, les grèves interdites, toute presse indépendante du pouvoir est interdite, une police politique anti-antifasciste est créée, un tribunal spécial composé de militaires et de miliciens fascistes juge les délits et crimes politiques… Le mouvement anarchiste est contraint à la clandestinité. Des milliers d’anars sont persécutés, tabassés, emprisonnés, assignés à résidence, « confinés » administrativement dans des trous perdus (exil intérieur) ou obligés de fuir le pays… Durant ces années, on peut dire qu’il ne reste plus de mouvement anarchiste constitué, coordonné, organisé au niveau du pays. Ce qui semble subsister en Italie durant ces années ce sont des individus et des groupes réduits et épars, qui se réunissent plus ou moins sporadiquement et toujours clandestinement, maintenant parfois quelques liaisons inter-villes ou inter-régionales, aidant matériellement des compagnons emprisonnés. Des livres, des brochures anars qui ont échappés aux perquisitions ou qui ont été imprimés à l’étranger circulent de la main à la main, sous le manteau. De la presse publiée en exil et entrée en contrebande dans le pays circule aussi parfois un peu. Des individus ou de petits groupes affinitaires passent également à l’action, imprimant et diffusant clandestinement des affichettes et des tracts, graffitant des murs, effectuant des dégradations, des sabotages, incendiant des objectifs liés au régime fasciste, agressant des fascistes isolés, racketant des notables et des industriels fascisants pour financer la lutte clandestine ou aider les prisonniers, réalisant à l’occasion des attentats à l’explosif, mettant sur pied des tentatives d’assassinat contre Mussolini; affrontant la police les armes à la main lorsqu’elle tente de les arrêter… Ces actions armées existent même si elle ne sont pas légions.
A l’étranger aussi des exilés anars attaquent parfois des intérêts, des personnalités ou des ambassades fascistes* ou vont se battre en Espagne en 1936 dans les milices révolutionnaires de la Confédération Nationale du Travail anarchosyndicaliste et de la Fédération Anarchiste Ibérique. Des anars restés en Italie quittent d’ailleurs aussi le pays en 36 pour rejoindre les révolutionnaires espagnols et combattre au grand jour les franquistes soutenus par le régime mussolinien.
L’Italie en guerre :
La participation italienne à la seconde guerre mondiale aux cotés de l’Allemagne nazie va se révéler désastreuse. Désastreuse pour l’armée italienne, mal entraînée, mal commandée, mal équipée (l’industrie italienne est incapable de soutenir un effort de guerre prolongé) et qui accumule les défaites et les pertes. Désastreuse pour la population laborieuse italienne (augmentation des cadences et horaires de travail, salaires de misère, hausse du coût de la vie, rationnement, marché noir, nombreux bombardements alliés, mobilisation en masse d’hommes jeunes ou moins jeunes envoyés au casse-pipe, augmentation de la répression…). Désastreuse pour le régime fasciste de plus en plus corrompu et détesté désormais même au sein de la bourgeoisie, petite ou grande, et de l’armée.
En mars 43, de grandes grèves ouvrières éclatent au nord comme au sud du pays (on parle de 300 000 grévistes).
En juin 1943, les alliés débarquent en Sicile portant la guerre directement sur le territoire italien. Le Grand Conseil du fascisme lâche Mussolini le 24 juillet 1943. Le roi Victor-Emmanuel III ordonne son arrestation le lendemain. Le maréchal Badoglio, qui fut un des « héros » militaires du régime fasciste avant de tomber en disgrâce, prend la tête d’un nouveau gouvernement, dissout le 27 juillet le Parti National Fasciste et entre en relation secrète avec les alliés en vue de signer une armistice. Dès l’annonce de l’arrestation de Mussolini, la population envahit les rues de nombreuses villes saccageant les emblèmes et les locaux fascistes qu’elle rencontre. A Turin, les prisons sont envahies et les détenus libérés. Le nouveau gouvernement libère la plupart des prisonniers politiques antifascistes… à part les anarchistes. Ceux-ci sont pour beaucoup rassemblés dans le camp de Renicci d’Anghiari où les conditions de détention sont épouvantables. Le 17 août la Sicile est entièrement aux mains des alliés. De nouvelles grèves éclatent. Le 3 septembre, les alliés débarquent en Italie continentale à Reggio di Calabria.
Le 8 septembre; Badoglio annonce la signature d’un armistice avant de s’enfuir. Le 8 et le 9 septembre, les alliés débarquent à Salerne et Tarente. L’armée allemande, déjà massivement présente sur le territoire italien, ne perd pas de temps et annonce que les unités italiennes qui ne combattront pas à ses cotés seront désarmées et les soldats considérés comme prisonniers de guerre et aussi qu’en cas de résistance à leur désarmement les soldats seront considérés comme des partisans et liquidés comme tels.
C’est la course aux casernes militaires qui commence. Certaines unités sous contrôle fasciste se rangent aux cotés des nazis. D’autres se laissent désarmer et emprisonner par eux. D’autres se dispersent avant l’arrivée des nazis (qui ne peuvent être partout à la fois) en abandonnant leurs armes. D’autres se dispersent en emportant des armes… au cas où. D’autres unités affrontent directement les nazis avant d’être défaites et de se débander. Parfois cela se fait sur ordre des officiers, parfois sans leurs ordres, parfois contre leurs ordres.
Dans plusieurs villes la population se soulève contre les nazis et les fascistes et s’empare de stocks d’armes qui sont abandonnés ou volés lors d’occupations de casernes par la population ou distribués par des militaires insurgés. Dans d’autres endroits il n’y a pas de soulèvements de masse mais des groupes déterminés d’antifascistes de diverses obédiences pénètrent dans des casernes, appellent à la révolte et la désertion et prennent, volent ou se font donner des armes avant de prendre le maquis, avec ou sans les militaires. Dans bien des prisons militaires, les détenus sont libérés par la population ou par les soldats qui s’apprêtent à s’enfuir.
Au camp de Renicci d’Anghiari, les gardiens s’enfuient sans attendre l’arrivée des allemands. 7000 prisonniers (pour l’essentiel des yougoslaves), dont font partie les dernières dizaines d’anars encore emprisonnés, en profitent pour se faire la belle.
Dans les jours qui suivent l’annonce de l’armistice ce qui est sûr c’est que des milliers et des milliers d’armes changent de mains, que des milliers et des milliers de militaires (c’est à dire, pour la plupart, des civils contraints d’endosser l’uniforme) changent de camp, que des milliers et des milliers d’antifascistes de tous bords s’arment et prennent le maquis ou entrent dans la clandestinité.
Le 12 septembre, les nazis libèrent Mussolini qui crée le 23 du même mois une république fasciste (la République Sociale Italienne) dans la partie de l’Italie encore sous contrôle de l’armée allemande. Le Parti national Fasciste est rebaptisé Parti Républicain Fasciste. Cette « république » poursuit aux cotés des nazis une guerre à outrance contre les alliés et, immédiatement, contre ceux qui ont pris le maquis. La partie de l’Italie qui se trouve derrière les lignes allemandes va désormais connaître également, en plus d’une guerre classique, une guerre civile ayant, au delà de l’affrontement politique fascisme-antifascisme, une forte connotation sociale, de classe.
La participation des anarchistes à la résistance : quelques hypothèses…
L’article qui suit donne pas mal d’informations de base sur cette participation libertaire à la résistance. Il convient de préciser que cette participation anarchiste se produisit dés le début et qu’elle refléta une position majoritaire dans le mouvement anarchiste. Apparemment seule une minorité d’anarchistes n’y participa pas ou ne l’appuya pas soit par pacifisme absolu (d’autres anars pacifistes et non-violents participèrent cependant à la résistance ou l’appuyèrent mais pas sous une forme armée), soit par refus de s’impliquer, fusse de manière limitée ou indirecte, dans un conflit inter-impérialiste (ce que fut indubitablement la seconde guerre mondiale…même si je pense qu’elle ne peut pas être réduite qu’à cela).
La majorité des anarchistes (épris de liberté et donc ennemis irréductibles du fascisme pour de multiples raisons politiques, sociales, culturelles et éthiques) vit semble-t-il dans la situation créée par l’armistice du 8 septembre et l’émergence d’une résistance politique, sociale et militaire appelée inévitablement à se massifier (fin 43, il était évident que nazisme et fascisme courraient à leur perte, ça n’était plus qu’une question de temps) une occasion à saisir pour contribuer à abattre le fascisme, hâter la fin de ce régime haïssable qui avait brisé tant de vies (et déclarait vouloir continuer à en briser d’autres), se regrouper entre anarchistes là où c’était possible (c’est à dire souvent là où le mouvement était le plus implanté, le plus enraciné socialement), rétablir des liaisons entre groupes et individus libertaires, libérer des compagnons incarcérés, s’emparer d’armes, acquérir une expérience du combat, régler des comptes avec les fascistes et les ennemis de classe qui les soutenaient, nouer de nouvelles complicités politiques avec d’autres insurgés, (re)gagner par la lutte (quitte à payer le prix du sang) une sympathie populaire…
Il parait évident que la plupart des anarchistes attendaient au minimum de la Libération le rétablissement des libertés publiques (liberté d’association politique et syndicale, de publication, de réunion, de parole, de manifestation, droit de grève…) et donc la possibilité de relancer et de reconstruire au grand jour un mouvement anarchiste à tous les niveaux (politique, social, culturel, syndical…) et à toutes les échelles (locale, régionale et nationale). Participer à la résistance pouvait s’avérer utile également dans cette perspective.
Il semble aussi évident que la plupart s’attendaient à un après-guerre agité voire porteur de potentialités révolutionnaires (et effectivement les années qui suivirent la guerre, si elles ne furent pas révolutionnaires, furent très agitées: contrôle ouvrier dans certaines usines, prises sauvages de terres, attentats contre des casernes de police, liquidation sauvage de fascistes bien après la fin de la guerre, rançonnement de capitalistes anciens fascistes notoires, nombreuses grèves violentes d’ouvriers et de travailleurs agricoles sans-terres, nombreux manifestantEs tués par la police, attentats fascistes, situation quasi-insurrectionnelle en 48 après la tentative d’assassinat du dirigeant communiste Togliatti…). L’engagement de nombreux anarchistes dans la résistance est sûrement également à relier à cette autre perspective.
Résister et attaquer le fascisme, c’était aussi attaquer l’État (que le fascisme avaient développé tentaculairement et totalement inféodé) et le grand capital qui lui avait facilité la prise du pouvoir. Résister, aujourd’hui, c’était aussi contribuer à ouvrir, demain, un espace politique et social pour la reconstruction du mouvement anar et se renforcer et s’aguerrir pour les luttes à venir dans l’après-guerre. Difficile de croire que ce genre de réflexions n’a pas effleuré les compagnons italiens de cette époque… Participer à la résistance signifiait sûrement pour eux essayer d’avoir prise sur le présent et donc, aussi, sur le futur.
Les anarchistes participèrent en tant que tels, là où ils étaient le plus influents, aux Comités de Libération Nationale (CLN qui coordonnaient tous les courants et partis se réclamant de la lutte anti-fasciste). Il s’agissait donc de structures interclassistes à visées étatistes et démocrates bourgeoises. La question de savoir ce que faisaient des anarchistes dans ce genre de structures se pose. Là encore on peut supputer (il s’agit d’hypothèses au vu du manque de documentation en français sur le sujet) que ce furent les conditions concrètes de la lutte qui primèrent sur une position politique plus cohérente mais finalement abstraite car difficilement applicable en situation.
La participation occasionnelle des anars en tant que tels aux CLN visa vraisemblablement à éviter un certain isolement politique (le traitement spécial réservé aux anars par l’ex-fasciste Badoglio était connu et la participation aux CLN impliquait de facto une reconnaissance et une légitimation de leur existence et influence à certains endroits), à faire obstacle par endroits aux prétentions hégémoniques du PC italien, à accéder à certaines ressources (armes, munitions, informations, finances…), à coordonner l’action militaire, à assurer au cours de la lutte et au moment de la libération à venir un ravitaillement minimal de la population (en particulier de ses secteurs les plus populaires et des réfugiés), à s’assurer que les fascistes notoires se verraient bien présenter l’addition de leurs forfaits à la libération, à couvrir aussi éventuellement à ce moment là la récupération de quelques anciens locaux fascistes et autres moyens utiles au redémarrage du mouvement anar (matériel d’imprimerie, stocks de papiers, fric…)… Chez certains anars des illusions quant à « l’unité et la solidarité antifasciste » forgées au cours de la résistance et quant à l’avènement d’une république sociale à la libération ont aussi pu jouer un rôle dans cette participation aux CNL…
Amer après-guerre :
En Italie, comme ailleurs, l’après-guerre fut source de bien des déceptions. Il y eu de nombreuses luttes réprimées dans le sang. Le PCI, stalinien et puissant, y étouffa progressivement mais pour longtemps les velléités d’autonomie ouvrière.
Les partisans furent appelés par tous les partis (PCI en tête) à rendre les armes, ce qu’ils firent… mais souvent seulement de manière partielle… y compris au sein des fractions les plus dures du PCI (qui tolérèrent parfois régionalement des structures clandestines armées qui se livrèrent à des attentats politiques, anti-patronaux et des exécutions de fascistes et de représentants de la droite comme dans le milanais avec la « Volante Rossa » active jusqu’en 1949).
Le PCI participa aux premiers gouvernements d’après-guerre et fut l’artisan, au nom de la réconciliation nationale, d’une loi d’amnistie qui permit dès 1946 la libération d’environ 7000 fascistes (sur les 12 000 incarcérés à l’époque). La « défascisation » de l’appareil d’État fut toute relative: l’armée, la police, la justice furent peu concernées. Fin 46, un parti néo-fasciste, le Mouvement Social Italien resurgissait légalement tandis que des dizaines de petits groupes clandestins fascistes organisaient homicides et attentats anti-subversifs avec parfois la complicité de certains secteurs du nouveau pouvoir.
La Démocratie Chrétienne arrivait au pouvoir (avec l’appui des USA) et n’allait plus le quitter pendant des décennies.
La « normalisation » fut difficile en Italie. Il fallut souvent pour le pouvoir employer la manière forte et des centaines d’anciens partisans en firent les frais. La guerre était à peine finie que déjà la nouvelle justice « démocratique » s’empressait de faire arrêter plusieurs anarchistes accusés d’avoir rançonné des fascistes et d’avoir tiré sur la police fasciste AVANT LE 8 SEPTEMBRE 43. Eh oui la lutte armée antifasciste après le 8 septembre fut glorifiée mais celle d’avant le 8 septembre fut considérée comme criminelle. Les partisans révolutionnaires qui appuyèrent les armes à la mains les luttes prolétaires de l’immédiat après-guerre, qui liquidèrent des fascistes notoires qui recommençaient parfois à faire parler d’eux quelques mois seulement après la fin des hostilités, qui rançonnèrent des capitalistes et des propriétaires terriens qui avaient soutenu le régime mussolinien, tout ceux là firent l’objet de procédures judiciaires rapides et de lourdes sentences. Ils furent des centaines à faire 5, 10, 15, 20, 30 ans et plus de prison. Les derniers sortirent de taule vers le milieu des années 70.
NOTE:
* A titre d’exemples en France : « Le 3 septembre 1923 à Paris, Mario Castagna élimine le fasciste Gino Jeri. En février 1924, on assiste à une série d’attentats en France contre les sièges du parti fasciste et les consulats italiens. Le 20 février 1924 dans un restaurant parisien, Ernesto Bonomini tue de plusieurs coups de feu Nicola Bonservizi, responsable du parti fasciste à l’extérieur, correspondant du Popolo d’Italia et rédacteur du journal fasciste de Paris, L’Italie Nouvelle. En septembre 1927, Di Modugno commet un attentat contre le comte Nardini, consul de Paris. Le 22 août 1928, le marquis Di Mauro, consul d’Italie, est blessé par un attentat anarchiste à St Raphaël. Le 8 novembre 1928, Angelo Bartolomei tue à coups de revolver le prêtre fasciste don Cesare Cavaradossi, vice-consul de Nancy, qui lui avait proposé de devenir une balance pour éviter l’extradition. En 1928, une grenade explose contre un siège du parti fasciste de Juan-les-pins : Malaspina est arrêté et torturé en prison avant d’être acquitté, faute de preuves. Il mourra l’année suivante à Paris des suites de ce séjour forcé. En 1932, attentat anarchiste à Marseille contre le siège de l’union des anciens combattants italiens. »
Tiré de l’introduction de « Nous fûmes les rebelles, nous fûmes les brigands » de Belgrado Pedrini, Mutines Séditions, 144 pages, 2005.
PETITE BIBLIOGRAPHIE EN FRANCAIS :
Sur la participation des anars italiens aux Arditi Del Popolo pendant la montée du fascisme : « Les Arditi Del popolo et les premiers mouvements d’opposition au fascisme ». Téléchargeable ici: http://www.anartoka.com/sia/viewtopic.php?t=65
Sur la participation de certains anars à la résistance italienne, l’incontournable: « Nous fûmes les rebelles, nous fûmes les brigands » de Belgrado Pedrini, Mutines Séditions, 144 pages, 2005. Téléchargeable ici : http://mutineseditions.free.fr/Pedrini/pedrinindex.html
Sur la question plus générale de l’antifascisme, 2 brochures intéressantes : « Contre le fascisme, contre l’État » et « L’anarchisme contre l’antifascisme ». Ces 2 brochures sont téléchargeables ici (http://infokiosques.net/spip.php?article252) et ici (http://infokiosques.net/spip.php?article722)
1943-1945 : les partisans anarchistes
DANS LA RÉSISTANCE ITALIENNE
Ce texte a été trouvé, en anglais, sur le site internet libcom.org (qui, disons le, au passage, pour celles et ceux qui comprennent l’anglais, regorge de textes intéressants).
Il s’agit à l’origine d’un texte italien paru dans le journal anarchiste « Umanita Nova » le 7 avril 1985. Sa version anglaise a été compilée avec d’autres textes sur la résistance anarchiste en Italie dans une brochure appelée « Prisoners and partisans. Italian anarchists in the struggle against fascism », brochure diffusée par une maison d’éditions libertaire, la Kate Sharpley Library. Un compagnon du SIA de Caen en a assuré la traduction en français et a également rédigé les quelques notes complémentaires qui accompagnent cette traduction. Cette traduction n’a pas été féminisée car bien que, comme souvent, de nombreuses femmes aient participé à la résistance comme courriers, liaisons, pour des soins, du ravitaillement, du transport, du recueil de renseignement ou de l’hébergement clandestin (bref des taches de soutien logistique vitales mais peu valorisées historiquement, documentairement, symboliquement…), le texte traduit est, quant à lui, centré sur l’action armée partisane… qui fut essentiellement le fait d’hommes.
Notes historiques sur les activités des partisans anarchistes dans la résistance antifasciste en Italie durant la seconde guerre mondiale.
L’Italie se rendit officiellement face aux alliés le 8 septembre 1943, bien que des zones de l’Italie centrale et du Nord soient restées aux mains des allemands et de la république fasciste de Salo. Les anarchistes se lancèrent immédiatement dans la lutte armée, établissant où c’était possible des formations autonomes ( Carrare, Pistoia, Gênes et Milan) ou, comme ce fut le cas la plupart du temps, rejoignant d’autres formations comme les brigades socialistes « Matteotti », les brigades communistes « Garibaldi », les unités « Justice et Liberté » du Parti d’Action.
20 ans de dictature fasciste qui, peut-être délibérément, labellisa toute forme d’opposition comme étant « communiste », l’exil, l’emprisonnement et, également, le traitement très spécial que le gouvernement post-fasciste de Badoglio réserva aux anarchistes contribuèrent certainement à rendre très difficile toute reconstruction organisationnelle immédiate du mouvement libertaire.
Ce fut dans ce contexte spécial, marqué par la confusion et la désorientation, qu’eut lieu une hémorragie loin d’être négligeable parmi certains libertaires en direction du Parti d’Action, du Parti Socialiste et parfois du Parti Communiste. Alors que la participation anarchiste à la lutte des partisans fut manifeste, spécialement en terme d’effusion de sang, elle exerça aussi une faible influence. Cela était dû à l’hégémonie complète des idées social-démocrates à travers un arc de groupements politiques allant des libéraux jusqu’aux communistes.
Voici des détails sur les anarchistes dans la lutte des partisans antifascistes dans différentes régions d’Italie depuis l’époque de la reddition italienne.
ROME :
À Rome, les anarchistes se retrouvèrent dans plusieurs formations résistantes, spécialement celle commandée par le républicain Vincenzo Baldazzi qui était bien connu des compagnons comme étant un vieil ami du célèbre anarchiste italien Errico Malatesta. Dans bien des cas ils donnèrent leur vie pour la résistance romaine. Parmi ceux qui tombèrent, il y eut Aldo Eluisi, qui périt dans les grottes Andentines ; Rizieri Fantini, abattu à Fonte Bravetta, Alberto Di Giacomo alias « Moro » et Giovanni Callentella qui furent tous deux déportés en Allemagne et n’en revinrent pas ; Dore, un sarde de naissance, mourut au cours d’une mission derrière les lignes.
RÉGION DES MARCHES :
Dans les Marches les anarchistes participèrent à plusieurs formations de partisans à Ancône, Fermo, Sassoferato et Macera (où Alfonso Pettinari, ex-interné et commissaire politique d’une brigade « Garibaldi » trouva la mort).
PIOMBINO :
Piombino, une ville sidérurgique avec une importante tradition anarchiste et surtout syndicaliste révolutionnaire, connut une insurrection populaire contre les nazis le 10 septembre 1943. Parmi les anarchistes qui prirent part au soulèvement, il y avait Adriano Vanni, qui opéra comme partisan dans la zone de Maremma et qui fut appelé à rejoindre le CLN (Comité de Libération Nationale) local (une organisme constitué par un large spectre de partis antifascistes).
LIVOURNE :
À Livourne, les anarchistes furent parmi les premiers à s’emparer des armes stockées dans les casernes et à l’académie navale d’Antignano, armes utilisées plus tard contre les allemands et les fascistes. Organisés au sein des GAP (Groupes d’Action Patriotiques), ils prirent part aux opérations de guérilla dans la région autour de Pise et de Livourne et furent représentés dans le CLN de cette ville. Virgilio Antonelli se distingua dans la libération des otages et des prisonniers.
APUA :
À Apua, la contribution libertaire à la résistance fut considérable et cruciale. Les formations de partisans anarchistes actives dans la région de Carrare avaient pour noms « G. Lucetti » (60-80 membres), « Lucetti bis » (forte de 58 membres, ces 2 groupes portant le nom de l’anarchiste Gino Lucetti (1) qui fut exécuté pour avoir tenté d’assassiner Mussolini), « M. Schirru » (2) (forte de 454 membres, nommée en hommage à Michele Schirru, un autre anarchiste qui tenta d’assassiner le Duce), « Garibaldi Lunense » et « Elio » (30 membres).
Après le 8 septembre, les anarchistes (dont Romualdo Del Papa, Galeotti et Pelliccia) menèrent l’attaque contre la caserne Dogali, pillant l’armurerie et incitant les troupes alpines à déserter et à rejoindre les partisans.
Dans les grottes de Lorano toutes proches, Ugo Mazzuchelli utilisa ces armes pour constituer la formation « G. Lucetti » dont il devint le commandant. Dans le cadre de la brigade Appienne, ses taches furent de pourvoir à son propre financement et d’aider la population à obtenir des vivres par le moyen d’expropriations justifiées (vols contre les capitalistes).
Étant passés à travers l’amère expérience de la guerre civile et de la révolution espagnole 1936-39, dans laquelle les communistes se tournèrent contre les anarchistes et les travailleurs pour s’emparer du pouvoir, les compagnons les plus « expérimentés » se méfiaient d’eux à juste titre. Quelques unités communistes furent parfois impliquées dans des épisodes qui frôlèrent l’indécence. Mais il faut souligner que la présence des libertaires et anarchistes était discernable dans virtuellement chaque formation, même s’ils n’avaient pas d’unités propres, que ce soit sous un sigle ou un autre.
Parmi les incidents inconvenants nous devons mentionner celui auquel Mazzuchelli et ses hommes furent confrontés, sous un feu mortel de mitrailleuse, après avoir ouvert la voie à travers le pont de Casette, à la demande curieuse et insistante des partisans communistes.
En novembre 1944, après une rafle qui coûta la vie à six hommes, l’unité « G. Lucetti » se déplaça dans la province de Lucca, qui était déjà libérée. Mazuchelli et ses fils Carlo et Alvaro repassèrent alors de nouveau la ligne de front pour constituer l’unité « Michele Schirru » qui aida à libérer Carrare avant que les alliés n’apparaissent.
Parmi les nombreuses personnes qui se distinguèrent, et dont la liste est trop longue pour entrer dans cet article, citons le commandant Elio Wochiacevich, Venturini Perissino et Renato Machiarini. Le prix du sang payé par la population de Carrare fut élevé : les anarchistes réussirent à lier la lutte sociale avec la lutte armée pour la liberté et cela perdura des années après la libération avec les coopératives comme celle « Del Partigiano » (coopérative de consommation), la « Lucetti » (coopérative de reconstruction) et plusieurs pratiques de nature sociale (comme des cultures collectives, la constitution d’équipes de volontaires pour entretenir les canaux des rivières…).
LUCCA ET GARFAGNANO :
À Lucca et Garfagnano, dans les montagnes desquelles les anarchistes de Pistoia et Livourne opéraient également (comme Peruzzi, Paoleschi…), les anarchistes se retrouvèrent dans une unité autonome commandée par Pippo (Manrico Ducceschi). Le CLN provincial avait été fondé par le libertaire Federico Peccianti et ses réunions se tenaient dans sa maison. L’unité de Pippo captura au moins 8000 prisonniers nazis et subit 300 pertes. Libero Mariotti de Piatrasanta et Nello Malacarne de Livourne passèrent une longue période derrière les barreaux dans la prison de San Giorgio à Lucca. Les anarchistes les plus connus parmi ceux qui furent tués étaient Luigi Velani, adjudant-major de la formation de Pippo, Ferrucio Arrighi et Vitorio Giovanetti, les 2 derniers en charge de la supervision des contacts entre les forces anti-fascistes dans la ville.
PISTOIA :
Pistoia fut le théâtre d’opérations de l’unité anarchiste de Silvano Fedi (3), constituée de 53 partisans qui se distinguèrent spécialement par l’aide qu’ils apportèrent aux personnes déplacées. Un groupe initial de résistance se forma grâce au travail d’Egisto et Minos Gori, Tito et Mario Eschini, Tiziano Palandri, Silvano Fedi et d’autres et réalisa une variété de missions qui incluait la récupération d’armes pour d’autres unités de la résistance et la libération de prisonniers. La figure de son jeune commandant, Silvano Fedi, fut légendaire : il périt dans une embuscade (dont les circonstances sont obscures) tendue par des italiens comme en a témoigné Enzo Capecchi qui était sur place. Capecchi fut alors commandant avant d’être blessé. L’unité de Fedi, sous le commandement d’Artese Benesperi, fut la première à entrer à Pistoia à la libération.
FLORENCE :
À Florence, où Latini, Boccone et Puzzoli avaient plus tôt publié une première édition d’« Humanité Nouvelle », le premier groupe armé fut formé à Monte Morello sous le commandement de l’anarchiste Lanciotto Ballerini qui mourut au combat. Les historiens officiels ont correctement décrit Lanciotto Ballerini comme un héros mais ils ont « oublié » de dire que c’était un anarchiste. Parmi ceux qui périrent également au combat, il y eut Gino Manetti et Oreste Ristori, tous les deux abattus. Ristori, d’Empoli, avait auparavant été actif comme émigrant au Brésil et en Argentine avant de combattre en Espagne.
AREZZO :
Dans la province d’Arezzo, les anarchistes furent spécialement actifs dans la résistance dans le Valdamo, au vue des riches traditions anti-fasciste et de lutte sociale de cette zone. Le mineur Osvaldo Bianchi fit partie du CLN à San Giovanni Valdamo comme représentant des groupes anarchistes. Par ailleurs, Renato Sarri de Figline et Italo Grofoni, ce dernier en charge de la fourniture d’explosifs au CLN toscan de Florence, se distinguèrent aussi. Plus tard une contribution cruciale fut apportée par Guiseppe Livi d’Angliari qui fut actif dans les « groupes périphériques » qui opéraient à Vultiberina et aida à démasquer, juste à temps, un espion allemand qui avait infiltré les partisans de Florence.
RAVENNE :
À Ravenne, de nombreux anarchistes combattirent dans la 28 ème brigade Garibaldi. Parmi les plus connus d’entre eux Primo Bertolazi (un membre du CLN provincial), Guglielmo Bartolini, Pasquale Orselli (qui commanda la première patrouille de partisans à entrer dans Ravenne libérée), Giovanni Melandri (responsable de l’approvisionnement en armes et nourriture et victime, au coté d’une de ses sœurs, d’une opération allemande de représailles).
BOLOGNE ET MODENE :
À Bologne et dans la province de Modène furent particulièrement actifs les compagnons suivants : Primo Bassi d’Imola, Vindice Rabitti, Ulisse Merli, Aladino Benetti et Atilio Diolaiti. Diolaiti, abattu en 1944 au monastère chartreux à Bologne, avait pris une part importante dans la fondation d’une des premières brigades de partisans à Imola, la « Biancocini » et à Bologne, la « Fratelli Bandiera » et la 7ème unité GAP. Dans Modène libérée, le très jeune Goliardo Fiaschi marchait à la tête de la troisième brigade « Costrignano » de la division « Modène », commandée par Araniano. À Reggio Emilia, Enrico Zambonini, qui avait été actif dans les Apennins autour de Villa Minozzo, fut exécuté après avoir été capturé au coté du groupe de Don Paquino Borghi. Il mourut en criant « Vive l’anarchie ! » au peloton d’exécution.
PIACENZA :
À Piacenza, parmi les anarchistes se détachèrent Savino Fomasari et Emilio Canzi qui sont liés, en dehors de bien d’autres choses, par leurs morts très étranges au cours d’accidents de la route.
Emilio Canzi avait très tôt combattu le fascisme dès les années 20 dans les rangs des Arditi Del Popolo et plus tard durant la guerre civile espagnole. Il avait été capturé par les allemands en France, déporté en Allemagne avant d’être interné en Italie. Après le 8 septembre 1943, il organisa les premières bandes de partisans. Capturé par les Brigades Noires fascistes, il fut échangé contre d’autres otages. Reprenant son poste, il commanda 3 divisions et 22 brigades (un total de plus de 10 000 hommes) avec le rang de colonel et utilisa le nom de guerre d’Ezio Franchi. Les unités de La Spezia-Sarzana opérèrent en coordination étroite avec celles toutes proches de Carrare. Deux groupes de partisans étaient commandés par les libertaires Contri et Del Carpio. Les anarchistes de La Spezia, Renato Olivieri (qui avait été plus tôt prisonnier politique durant 23 ans) et Renato Perini moururent dans des échanges de coups de feu contre les nazis alors qu’ils couvraient la retraite de leurs camarades partisans.
GÊNES :
À Gênes, les groupes de combat anarchistes opérèrent sous les noms de brigade « Pisacane », la formation « Malatesta », les SAP-FCL, les SAP-FCL de Sestri Ouest (SAP signifiant « équipes d’action patriotique » )et les « Escouades d’Action Anarchiste » d’Arenzano. La tentative de mettre en place un « Front Uni » avec toutes les forces anti-fascistes échoua à cause des tentatives des communistes d’imposer leur propre hégémonie.
Par ailleurs, les anarchistes avaient leur propre représentation mais seulement dans des CLN éloignés et cela les obligea à s’engager dans la lutte armée en comptant sur leurs propres forces. Les activités furent développées par la Fédération Communiste Libertaire (FCL) et par le syndicat anarcho-syndicaliste clandestin, l’USI, qui venait juste de réapparaître dans les usines. Le sanglant sacrifice des anarchistes génois dans la résistance fut vraiment substantiel avec plusieurs douzaines de morts tombés lors de fusillades, d’exécutions ou de déportations. En en omettant de nombreux autres, nous rappelons parmi les plus actifs d’entre eux : Grassini, Adelmo Sardini Pasticio et Antonio Pittaluga.. Pittaluga mourut à la veille de la libération : avant de se rendre et d’être abattu, il lança une grenade contre la patrouille allemande qui le captura. Le partisan anarchiste, Isodoro Parodi, mourut dans la ville voisine de Savone.
TURIN :
Dans la ville industrielle de Turin, spécialement dans les usines FIAT, opérait l’unité anarchiste appelée le 33ème bataillon SAP « Pietro Ferrero ». Parmi nos camarades tombés il y eut Dario Cagno, qui fut condamné à être fusillé pour son implication dans l’assasinat d’un fasciste ; il y eut aussi Ilio Baroni, originellement de Piombino. Le camarade Ruju, un partisan de la division « De Vitis », refusa la médaille militaire du courage que l’État lui offrit plus tard pour honorer sa capture de pas moins de 500 soldats allemands.
ASTI ET CUNEO :
Dans les zones d’Asti et Cuneo, les anarchistes étaient présents dans les brigades « Garibaldi ». Le plus connu d’entre eux était Giacomo Tartaglino qui avait été impliqué auparavant dans le mouvement spartakiste en Bavière en 1919. Dans le district de Vincelli, parmi plusieurs anarchistes qui se distinguèrent par leur courage et leur audace il y eut Guiseppe Ruzza qui servit dans l’unité « Valsesia » commandée par Moscatelli. À Milan les fils de la lutte clandestine furent tissés initialement par Pietro Bruzzi qui mourut après 5 jours de tortures mais sans révéler quoique ce soit aux nazis.
Après sa mort, les anarchistes fondèrent les brigades « Malatesta » et « Bruzzi », regroupant 1300 partisans. Elles opérèrent sous l’égide de la formation « Matteotti » et jouèrent un premier rôle dans la libération de Milan. Commandé par Mario Mantovani durant l’insurrection de 1945, les 2 brigades se distinguèrent par leur nombreux raids sur les casernes fascistes et également par leur aide à la population en général. Parmi les très jeunes compagnons, il y avait Guiseppe Pinelli qui servit dans les GAP.
PAVIE :
Dans la province de Pavie opérait la 2ème brigade « Errico Malatesta » menée par Antonio Pietropaolo qui participa à la libération de Milan. À Brescia les anarchistes se retrouvaient dans la formation mixte GL (Giustizia e liberta)/ Garibaldi. Parmi les plus actifs d’entre eux, il y avait Borolo Ballarini et Ettore Bonometti.
VÉRONE :
À Vérone, l’anarchiste Giovanni Domaschi fut fondateur du CLN. Arrêté par les SS, il fut torturé, eut une oreille coupée mais refusa de parler et fut déporté en Allemagne où il disparu dans les camps de concentration. Enfin, dans la région Vénitie Guilia – Frioul de nombreux anarchistes travaillèrent avec les formations communistes comme la division « Garibaldi –Frioul ». À Trieste, la liaison fut maintenue par Giovanni Bidolo qui mourut plus tard dans les camps allemands au coté d’un autre anarchiste de Trieste, Carlo Benussi. Fut également actif Turcinovich qui, à la suite d’une rafle, s’enfuit à Gênes où il combattit avec la résistance locale. À Alta Camia, où Petri et Aso (qui mourut dans l’attaque de la caserne allemande à Sappada) avait une position éminente, les anarchistes aidèrent à mettre en place une zone libérée autogérée.
En toute probabilité le nombre de combattants anarchistes qui périrent dans l’ensemble de l’Italie centrale et du Nord excéda une centaine.
L’amnistie qui fut accordée aux fascistes et les injustices sociales de l’Italie républicaine et démocratique amena plus tard les anarchistes (et pas seulement les anarchistes) à comprendre que l’esprit du CLN avait été abandonné et la résistance trahie.
NOTES COMPLÉMENTAIRES DU TRADUCTEUR :
1) Gino Lucetti : Né en 1900 à carrare, ville ayant une très forte présence anarchiste. De tendance individualiste, il participe aux nombreuses luttes du début des années 20 et à de nombreux affrontements contre les fascistes. Blessé par balle lors d’une fusillade contre les fachos, il est embarqué clandestinement sur un navire à destination de la France où il peut se faire soigner. Vivant dés lors en France, il élabore avec d’autres anarchistes et des membres du Parti d’Action un projet d’attentat contre Mussolini. Le 11 septembre 1926, il jette une bombe sur la voiture du Duce. Celle-ci atterrit sur le pare-brise mais n’éclate pas immédiatement, elle rebondit puis explose à quelques mètres du véhicule. Arrêté, Lucetti est condamné à 30 ans d’emprisonnement. 2 de ses complices sont également arrêtés et condamnés à 20 ans de prison. Gino Lucetti, toujours emprisonné, trouve la mort en septembre 1943 lors d’un bombardement.
2) Michael Schirru : Italien naturalisé américain et anarchiste, il se rendit en 1931 en Italie pour tenter d’assassiner Mussolini. Il fut arrêté le 3 février à son hôtel et emmené au commissariat. Là-bas, lorsqu’on voulut le fouiller, il sortit une arme et ouvrit le feu sur 3 policiers avant de se tirer une balle dans la tête. Opéré, il survécut. La police trouva dans une autre chambre d’hôtel louée par Schirru 2 bombes destinées à un attentat contre Mussolini. Il fut jugé par un tribunal spécial le 28 mai pour tentatives de meurtres (contre les policiers et Mussolini) et condamné à mort alors même que la peine de mort ne pouvait pas légalement s’appliquer à son cas. Moins de 9 heures plus tard, il fut abattu par un peloton d’exécution fasciste.
3) Silvano Fedi : Né en 1920, il se politise au lycée. En 1939, il est arrêté avec d’autres jeunes par la police politique secrète, l’OVRA, et condamné à un an de détention pour propagande communiste. Suite à de nombreuses discussions avec des anarchistes, il se déclare communiste libertaire et participe activement au mouvement anar clandestin de Pistoia ce qui lui vaudra d’être de nouveau arrêté temporairement à plusieurs reprises. Il participe à la création du premier détachement de partisans dans la ville de Pistoia et mène plusieurs attaques contre l’arsenal de la forteresse de Santa Barbera ce qui permet la récupération de nombreuses armes. Il contribuera également avant sa mort à la libération de dizaines de prisonniers et au ravitaillement de la population affamée. Il se déclarait opposé à tout éventuel désarmement futur des partisans par les forces alliées et affirmait la nécessité de poursuivre la lutte partisane jusqu’à la révolution sociale. De nombreux bâtiments publics et la rue principale de Pistoia portent encore son nom.
Source : Revue Anarchiste Caennaise Apériodique
Brasero n°01 – http://ablogm.com/brasero

partisan italien pendu pour une attaque contre la division fasciste Decima 1945 Ivrea

Mussolini et Clara Petacci pendus Milan Place Loreto 29 avril 1945

détachement anar Gaggero zone de Voltri lié à la brigade SAP Piva

détachement anar Cianchi de Gênes centre lié à la brigade SAp Matteotti
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