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Ligne à Grande Vitesse Paris-Normandie : débats publics en octobre 2011

Un projet de Ligne à Grande Vitesse entre Paris et Caen (puis allongé jusqu’à Cherbourg dans un second temps) et entre Paris et Le Havre existe depuis 1992. Sous la pression du Conseil Régional de Basse-Normandie, des élus municipaux de Caen, Cherbourg, Alençon, Flers et Saint-Lô, et dans le contexte de la mise en place du Grand Paris, ce projet se trouve relancé. Ces nouvelles lignes appelleraient de nouvelles constructions de voies de chemin de fer, des réaménagements dans le réseau existant, et de nouvelles gares (notamment à La Défense ou à Nanterre). Les tracés ne sont pas encore connus, mais cela devrait s’accélérer pour qu’ils soient annoncés juste avant les débats publics prévus pour octobre 2011. Quatre tracés sont possibles, tous partant de Paris (Défense ou Nanterre) sur une ligne nouvelle parcourue à 200km/h jusqu’à Mantes ou ses alentours, où les trains accélèreront jusqu’à 250 km/h. La ligne se séparera en deux directions à un endroit non encore connu : vers Rouen et Le Havre, et vers Caen et Cherbourg. Il existe même un projet prévoyant un tunnel sous la Seine. Quoiqu’il en soit : frénésie de la vitesse, frénésie de la consommation d’énergie (dans une des régions les plus nucléarisés du monde), frénésie de la puissance. Elu-es de droite comme de gauche ont choisi leur camp : capitalisme et industrialisation, c’est-à-dire exploitation, dépossession de nos terres et de nos vies, nuisances industrielles. Et nous ?

C’est la Commission nationale du débat public, comme d’habitude, qui a été saisie pour les organiser. La mise en service serait prévue entre 2017 et 2025. On peut trouver sur Internet pas mal d’informations et de critiques sur cette fameuse Commission nationale du débat public, et sur la « démocratie participative » en général. Sur Caen, on se souviendra du débat public sur les nanotechnologies en décembre 2009, où une trentaine de soupçonné-es opposant-es se sont vu-es refuser l’accès au lieu de réunion par des vigiles sous les ordres des Renseignements généraux et la protection de flics en tenue antiémeutes… En mai 2010, c’est au tour d’un débat public sur l’EPR de Penly de venir à Caen. Des opposant-es se mettent à applaudir, balancer des slogans et chanter « parole, parole… », dès le début du débat. Celui-ci sera annulé – du moins l’officiel, puisque de multiples discussions informelles s’engagent alors dans la salle.

Pour lancer des discussions préalables à ce pseudo-débat public, nous avons choisi de vous présenter la lutte « No TAV » de la vallée de Susa, dans les Alpes italiennes, où un mouvement populaire résiste à l’implantation d’une Ligne à Grande Vitesse depuis de nombreuses années. « Bien sûr il y a l’uranium et l’amiante qu’ils doivent bouffer avec les futurs travaux, bien sûr il y a le bruit pour vingt ans, bien sûr il y a la montagne éventrée pour le profit de quelques uns. Mais il y a surtout la volonté de préserver envers et contre tout —la technologie, le progrès ou le choix des démocrates élus— un certain rapport à leur environnement et la possibilité de décider par eux-mêmes de leur vie » (A toute allure, brochure trouvée sur infokiosque.net).

La contestation commence par des sabotages dès 1996 (jets de Molotov, incendies volontaires, explosions à la dynamite, vols d’outillage). C’est l’occasion pour les flics d’entretenir une propagande anti-anarchiste et de s’en prendre aux mouvements antiautoritaires. Deux compagnon-es anarchistes (Baleno et Soledad) se sont suicidés dans leur cellule en 1998, après avoir été accusés d’ « association subversive ». La troisième personne arrêtée sera relâchée des années après. Des débats publics vont finalement avoir lieu au début des années 2000. Dès lors, manifestations, blocages de route et de trains, grèves générales, affrontements avec les flics, vont se succéder. Le mouvement s’organise assez largement à travers des assemblées générales.

Mais le projet continue. Des terrains vont être expropriés, avec l’aide des flics. En 2005, les premiers sondages vont avoir lieu sous protection policière. La vallée de Susa est occupée militairement, les élèves allant à l’école sont escortés par des carabiniers. Mais la contestation continue et prend de l’ampleur : le dernier jour légal pour opérer ces sondages, une marée humaine empêche les flics et les techniciens d’aller sur les lieux, résiste aux charges policières, des ouvriers débrayent sauvagement pour aller prêter main forte à la population. Les flics se retirent, avant de reprendre tous les terrains le lendemain matin, contrairement à ce qui avait été négocié avec les élus locaux.

Le 6 novembre, la propagande et la répression anti-anarchiste reprennent de plus bel après qu’un colis piégé, laissé désamorcé, est retrouvé. Nous ne polémiquerons pas ici sur ce genre d’évènements opportuns pour l’Etat qui se multiplie en Italie, et qui peuvent laisser penser à des manipulations d’Etat… La Justice prend le relais des flics, qui réoccupent la vallée. Des peines tombent, 15 000 flics occupent une vallée de 50 000 habitants. Malgré tout, 100 000 personnes manifestent le 16 novembre et la grève générale est bien suivie. Pourtant, les syndicats nationaux s’étaient refusé à l’appuyer. Occupations, évacuations par les flics se succèdent. Le 6 décembre, les flics attaquent sauvagement le dernier lieu de sondage occupé. Les églises sonnent le tocsin, une grève générale sauvage commence. Des routes et l’autoroute sont bloquées ; des barricades sont érigées dans les villages. Des habitants de Turin rejoignent la vallée de Susa en solidarité. Le 8 décembre, une bonne partie des 30 000 manifestants chargent les flics : le projet de ligne TGV est mis en attente, surtout que les Jeux olympiques de Turin s’annoncent. Aujourd’hui, la résistance est toujours de mise, et le projet loin d’être abandonné…

Mais bordel, où veulent-ils donc aller si vite ?

[Tract italien distribué simultanément dans plusieurs villes alpines avant le début annoncé des travaux en Val Susa, reproduit dans la brochure A toute allure]

Un lieu commun voit les montagnards comme des personnes tranquilles et pacifiques. Des gens sereins qui vivent dans des endroits préservés. Peut-être les montagnards du Val Susa étaient-ils autrefois tranquilles et pacifiques. Depuis quelques temps en revanche, ils sont plutôt enragés. Le progrès et l’argent veulent en effet bouffer leur vallée qui, comme beaucoup d’autres endroits du monde, est déjà en piteux état.

C’est à travers le Val Susa que devrait passer la ligne de train TAV/TAC (Train à Grande Vitesse/Train à Grande Capacité, respectivement pour les passagers et les marchandises) de Turin à Lyon, faisant partie d’un projet de mobilité « rapide » au niveau européen. En partant de Turin, le train super-rapide devrait traverser un premier tunnel (Musinè-Gravio) de 23 kilomètres de long, pour déboucher dans la Vallée Haute, où un autre tunnel de 53 kilomètres devrait réunir Venaus en Italie à St Jean-de-Maurienne en France. Incroyable, pas vrai ? Ne serait-ce que par la quantité d’amiante et d’uranium qui sortira de ces gros trous, pour se déverser avec la brise du soir sur les villages de la vallée et sur Turin.

La ligne à grande vitesse est présentée dans les médias (en particulier par TG3 et le journal La Stampa, qui appartient à Agnelli le patron de FIAT) comme une bénédiction qui sauverait le Piémont du déclin économique. Des études indépendantes ont pourtant relevé que du point de vue des transports, ce projet est totalement inutile. La ligne ferroviaire déjà existant est à peine exploitée à la moitié de sa capacité. En somme, il suffirait d’investir (et moins) pour maintenir en service la ligne présente. On éviterait entre autre les massacres liés au manque de sécurité, comme celui de Crevalcore ou, par chez nous, de Madonna dell’Olmo.

Il est évident que la construction de lignes à grande vitesse est un banquet exquis préparé pour les grands groupes industriels et financiers. Il suffit de rappeler que parmi les principaux intérêts économiques qui sont derrière le TAV se trouve le clan Agnelli.

Les dommages environnementaux liés à la construction de la nouvelle ligne de train seront énormes pour le Val Susa, avec des nappes phréatiques asséchées par les fouilles, une pollution sonore et, surtout, un million de mètres cubes extraits, contenant de l’amiante et de l’uranium.

Ce qui se traduira pour la santé des habitants du Val Susa et des turinois par des mésothéliomes (un cancer de la plèvre provoqué par l’inhalation de l’amiante, mortel dans 100% des cas) et des lymphomes (pour être clair, ce dont sont malades les militaires qui ont été exposés aux projectiles à l’uranium au Kosovo).

La population de la vallée lutte depuis des années contre ce projet. Cette opposition tenace a fait patiner pendant des années les sondages à partir desquels partirait la construction de la ligne à grande vitesse. Au début de l’automne, le gouvernement et les entreprises prestataires ont prévu de donner le feu vert au début des travaux, mais la population occupe désormais depuis des mois les sites où devraient ouvrir les chantiers.

Rappelons la marche du samedi 4 juin 2005, qui a vu défiler 30 000 personnes pour dire aux chefs de bord qu’ils ne voulaient pas entendre parler de grande vitesse.

Rappelons aussi les nombreuses actions de sabotage contre les premiers relevés de terrain, à cheval entre 1997 et 1998. Trois anarchistes furent accusés d’entre être les auteurs, et dénoncés comme étant des « éco-terroristes » (terme curieux qui définit ceux qui défendent l’environnement contre les griffes du capital). Des années après, le procès s’est terminé sans que les juges puissent prouver leurs accusations, mais deux d’entre eux, Edoardo Massari et Maria Soledad Rosas, étaient déjà morts en incarcération.

Leur fin dramatique nous rend encore plus déterminés à ne pas baisser la tête.

Vendredi 9 septembre 2005, de 16 à 20h, se tiendra un banquet informatif devant la gare. Parce que nous sommes solidaires avec la lutte contre cette balafre supplémentaire contre l’environnement et ceux qui y vivent. Parce que nous sommes conscients que la grande vitesse n’est qu’une des griffes (qui se nomme ailleurs tunnels, mégas-digues, infrastructures olympiques, antennes et pylônes, etc.) avec lesquelles le pouvoir attente à nos vies et à notre terre. Partout.  Parce que nous voulons lancer un signal à ceux qui mettent en place le TAV : même en dehors du Val Susa, leur nocivité rencontrera l’hostilité qu’elle mérite.

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