Mouvement des retraites

L’Assemblée Générale Intercatégorielle de Lutte (AGIL) à Caen
Cette AG s’est créée dès le 7 septembre, à l’issue de la première manifestation nationale, à l’initiative de l’Assemblée Libertaire, de la FSE (syndicat étudiant) et de Sud-éducation. Cette AG – autonome de toute organisation ou tout groupe constitué – s’est définie « comme un lieu de rencontre pour toute personne (salarié-es, chômeurs-euses, étudiant-es, lycéen-nes, retraité-es), syndiquée ou non, désireuse de lutter et de créer un rapport de force ». C’est une centaine de personnes environ qui vont participer à l’AGIL au plus fort de la lutte. Les revendications sont les suivantes :
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- Abrogation totale de la réforme des retraites
- Refus de toutes les politiques anti-sociales
- Aucune négociation envisageable
La première action eut lieu le samedi matin 2 octobre : trois banques sont successivement occupées une vingtaine de minutes en centre-ville, tracts et banderoles à l’appui. Comme pour la manif nationale du jeudi 23 septembre, un cortège intercatégoriel prend place au sein de la manif du samedi après-midi, avec collage d’affiches (« grève générale », « seule la lutte paye », « travailler moins pour vivre plus » etc.), diff de tracts et bombage au sol.
Par la suite, des actions indépendantes de l’Intersyndicale vont être menées avec l’AG étudiante et parfois l’AG interlycéenne : blocages de flux, blocages économiques, occupations de lieux institutionnels. L’AGIL va aussi rejoindre les actions de blocage économique appelées par l’Intersyndicale, notamment sur les dépôts pétroliers, et ses membres vont souvent participer à aller au-delà des consignes de l’Intersyndicale. Les AGs trouvent leur rythme, les personnes se rencontrent. Peu de syndiqué-es en général, mais plusieurs personnes de SUD vont prendre part activement à cette AG (notamment de Sud-PTT, Sud santé-social, Sud-éducation…). Si la perspective intercatégorielle a souvent été visée dans les mouvements précédents, celle-ci n’a jamais été véritablement effective, alors que c’est davantage le cas dans cette AG. Les commissions « action » se font en commun avec l’AG étudiante, comme les équipes juridique et médicale qui se mettent en place.
Une commission « caisse de grève » est aussi créée, toujours avec l’AG étudiante. Un tiers de l’argent récolté en faisant appel à la solidarité avec les grévistes est réservé aux membres de l’AGIL et de l’AG étudiante qui en auraient besoin (866E). 600E ont servi à apporter du soutien financier à la raffinerie du Havre en grève. 1000E ont été remis aux salarié-es en lutte de Plysorol à Lisieux qui occupent leur usine depuis octobre. Cette boîte de fabrication de contreplaqué est en effet fermée et les salarié-es licencié-es malgré les promesses du repreneur chinois de maintenir les emplois jusqu’en 2012. Les salarié-es réclament au moins 20000E par personne. Des contacts ont été aussi établis avec la boulangerie industrielle Panavi sur Caen, dont les salarié-es ont appris la fermeture probablement pour le printemps 2011. Avec la fin de la lutte sur les retraites, l’AGIL a continué quelques AGs et participé aux coordinations « grand-ouest » et nationale des AGs interpros. Elle se veut aussi un lieu d’appui pour des boîtes et secteurs en lutte, et c’est via les contacts établis dans cette AG que le soutien à Panavi se construit en ce moment même. Un front de résistance se met en place. Rien n’est fini, mais tout commence !
Source : Revue Anarchiste Caennaise Apériodique
Brasero n°01 – http://ablogm.com/brasero

ANALYSE SUR LE MOUVEMENT DES RETRAITES ET PERSPECTIVES
MÉDIA BOURGEOIS ET SYNDICATS RÉFORMATEURS : MÊME COMBAT.
Nos moyens de résistance, de révolte ou d’expression sont usés et devenus peu efficaces. Suivre les calendriers mous et la non-volonté des centrales syndicales de masse et suivre les images et commentaires orientés des média n’aboutira à rien. Le gouvernement le sait très bien et c’est ainsi qu’il nomme les premiers « les partenaires sociaux » et qu’il contrôle les seconds. Il peut alors resté sur ses positions sans inquiétudes, tout en continuant à nourrir le patronat.
Sur ce point, l’alliance entre ces pôles de pouvoir, a de nouveau été claire et net. Et cela aussi bien au niveau local que national.
Au niveau populaire,le caractère nuisible du gouvernement, ne semble pas ou peu contesté aujourd’hui. Et cela est en partie causé par le côté décomplexé des dirigeants actuels qui affichent leur domination avec perversion et mesquinerie. Transparaît alors d’autant plus l’oligarchie et le népotisme pourtant propre à tout Etat…
En ce qui concerne les média de masse, là non plus rien de nouveau. A coup d’émotions (la colère quand il y a des « bloqueurs », la haine quand il y a des « casseurs », la tristesse quand il y a une jeune victime…) et de sondages à tout va, ils ont anesthésié l’esprit critique et évité toutes alternatives possibles (c’est la théorie du faux dilemme : la retraite à 60 ou à 62 ans ?…).
Quand aux centrales syndicales, bien nourris entre les deux autres formes de pouvoir, elles ont fait…des adhésions. Avaient-elles d’autres stratégies ? Se rendaient-elles compte qu’elles étaient (pour la majorité d’entre elles) dans cette démarche ? Ils défendent la retraite alors qu’un de leur statut de base est la suppression du salariat. On sent bien à quel degré est arrivé la résignation et la mascarade. En effet, elles ont « conduit » la lutte de manière étalée dans le temps (9 journées de mobilisation sur 6 mois) imposant ainsi une dynamique molle et stérile (pas d’appel pour des grèves reconductibles ou une grève générale mais de multiples « appel au calme »,…). Elles ont fait cela, alors que le nombre de manifestants dans les rues étaient conséquents, que les luttes étaient parfois radicales, que les différentes catégories socio-professionnels s’étaient rejoints, et que la colère et la détermination étaient manifestes. Même si les secrétaires généraux ont été dépassé par leurs bases (et c’est tant mieux !), il n’en reste pas moins que les même comportements de commerciaux ou de pseudos-flics sont malgré tout encore très présent sur le front. Certes, tout cela est à nuancé (FO se retirant de l’intersyndical, des militants de base de tout poil n’avaient que faire des ordres donnés par les petits chefs locaux…) et mériterait d’être développé. Mais notre amertume est grande et nos regrets profonds devant la casse d’initiatives et d’imagination que cela a engendré.
AUTO-ORGANISATION ET AUTO-GESTION.
La retraite n’était qu’un prétexte, car c’est tout un système que nous refusons. Un prétexte qui est à l’image d’une carotte qu’il faut abolir comme le bâton salarial. Aussi, pour arriver à nos fins, nous restons persuadés qu’il faut que nous organisions nous mêmes nos luttes et que nous créons nous même nos moyens d’information, de soins, d’alimentation…. Et à petite échelle, c’est ce qui s’est passé pendant ce mouvement. Et cela nous semble de bonne augure pour la suite…
En effet, la base, composée de toute sorte de gens, a largement dépassé les ordres donnés par les chefferies syndicales. Leur autoritarisme combiné à leur incapacité à changer quoique se soit y sont surement pour quelque chose. Aussi, la convergence des luttes que nous souhaitons tant, s’est mise en place, avec un mot d’ordre : « ne rien lâcher ». Les étudiants et les lycéens ont malgré tout assez bien embrayé le pas, rendant plus fort ce mouvement d’ampleur.
Des débordements de manif plan-plan et des actions/blocages ont eu lieu avec détermination. D’autres moyens d’organiser la lutte, notamment via des AG intercatégorielles ont pu se faire. Et cela, en occupant parfois des lieux illégalement. Ainsi le 27 Novembre 2010, ce sont pas moins de 36 collectifs locaux qui se sont réunis à Nantes, concrétisant la volonté de structurer librement et horizontalement la lutte, sans passer par des organismes viciés.
En pratique, via ces comités, une réappropriation des média s’est effectuée (feuilles d’info-luttes, sites internet…) et a pu faire le lien entre des actions locales, nationales voir internationales. Des coordinations de veille juridique et même des équipes « médicales » se sont créer afin de pallier aux potentielles conséquences d’affrontement avec les flics. Des bouffes, des partages de temps libre et entraides (garde de mômes, dépannages divers…) ont aussi vu le jour.
Aussi, L’idée de multiplier les actions et les blocages de l’économie s’est fortement développée au niveau national comme au niveau local. Ces actions/blocages ciblaient principalement : le renforcement de piquets de grèves, le blocage des transports (routiers, ferroviaires, ports…), le blocage de zones industrielles, … S’y ajoutent également des actions d’expression et des actions symboliques (banderoles et collages d’affiches, investissements de sièges (UMP, MEDEF), de venues de ministres…). Ceci étant, bien que cela effrayait quelque peu le gouvernement, il n’en reste pas moins que le blocage économique touche à la fois aux intérêts du Capital mais aussi à ceux des travailleurs et travailleuses… et ces derniers peuvent souvent résister moins longtemps que la classe capitaliste (État ou grosses entreprises). Ainsi les premiers gestes de solidarité sont apparus. Les caisses de grève, la solidarité internationale (des mouvements grec, brésilien, marocain, belge ont déjà fait part de leur soutien) ont vu le jour. Par ailleurs cela auraient du se poursuivre par des pratiques collectives d’auto-réduction, ou opérations « caddies gratuits ».
Cet élan n’aurait pas dû s’arrêter ici. C’est pourquoi nous souhaitons utiliser d’autres moyens de pressions tout en continuant ce qui s’est mis en place.
IL FAUT ALLER PLUS LOIN.
Aussi, l’idée de grève générale à été maintes fois rappelée. En vain pour cette fois. Pourtant c’est bien par ce moyen que nous arriverons à certaines fins. D’autant plus que de la grève générale, on peut aller plus loin et notamment vers la grève expropriatrice et auto-gestionnaire. En effet, celle-ci peut démarrer par l’extension rapide de la grève, dans une situation de désorganisation et lorsque sa revendication essentielle prend un caractère universel et touche aux structures économiques du système. Elle entraîne alors l’occupation des lieux de travail : usines, ateliers, bureaux…A ce stade, ce ne sont plus les travailleuses et travailleurs syndiqués, mais tous les travailleurs et travailleuses de l’entreprise qui se trouvent en mouvement. C’est pendant cette période où l’État et les organisations syndicales et politiques sont désemparés que l’action décisive est possible. C’est l’instant où de grève revendicative, de grève de refus, la grève devrait devenir expropriatrice puis autogestionnaire. C’est l’instant où les usines doivent se remettre à tourner sans leur direction. C’est l’instant de la chance révolutionnaire. C’est finalement le sentiment de sortir du commun, d’échapper aux échecs précédents, qui pousserait les hommes et les femmes vers les occupations autogestionnaires de leur entreprise comme cela a eu lieu il y a quelques années en Argentine, par exemple.
Quelles que soient les forces de coercition, quel que soit l’appui que la partie réactionnaire de la population apporte au pouvoir, quel que soit le double jeu des partis et des syndicats, il serait pratiquement impossible de rétablir l’ordre dans les usines touchées par un mouvement autogestionnaire.
La grève autogestionnaire pose non plus les problèmes revendicatifs de salaires mais les problèmes de la direction et de la propriété de l’usine. A ce moment, le mouvement social n’est plus à la remorque des partis de gauche et de leurs programmes, mais il les met devant le fait accompli et leur impose une organisation économique nouvelle.
Il suffit de convaincre suffisamment de personnes pour que la grève générale de demain qui débutera comme de coutume, en dehors des syndicats et des partis, soit un prolongement à l’occupation des entreprises qui débouchera sur l’autogestion généralisée de la société.
L’autogestion n’a d’intérêt pour les travailleurs et travailleuses que dans la mesure où elle supprime les classes à l’intérieur de l’entreprise. L’égalité des salaires et la limitation de l’autorité à la tâche particulière que chacun a à accomplir sont de sérieux obstacles, mais la gestion directe des entreprises ne précède pas mais suit le renversement révolutionnaire de la société de classes. L’autogestion suppose que la propriété de l’entreprise n’est pas reversée à l’État ou à un groupe, mais qu’elle est temporairement en la possession de ceux qui y travaillent et qu’elle passe automatiquement dans les mains de ceux qui les remplacent.
Une fois le patronat neutralisé, il faut continuer la production (à moins que ce ne soit une production inutile, de gadgets, mortifère et meurtrière… et dans ce cas engageons un processus de reconversion) et repenser une économie dont le moteur n’est plus le profit, mais la satisfaction des besoins en tenant compte des impératifs écologiques. Pour coordonner la production et la distribution ou pour réguler les échanges, il suffira de s’appuyer sur le fédéralisme libertaire.
Aussi, la gestion de l’industrie par les travailleurs et travailleuses doit être totale et toucher en priorité les forces économiques essentielles. Elle est le fruit de la destruction complète des structures économiques du régime capitaliste et de son lien de coordination : l’État. C’est la révolution enfin réalisée.
Source : Revue Anarchiste Caennaise Apériodique
Brasero n°01 – http://ablogm.com/brasero

Extrait d’un texte trouvé sur Internet et repris dans quelques publications subversives.
Pourquoi cette étrange défaite de la grève des raffineries ?
12 questions sans réponses…
Tous les amis qui ont visité dernièrement une raffinerie bloquée ont rencontré des salariés grévistes extraordinairement motivés, fermement décidés à ne surtout pas céder au moment où ce début novembre allait enfin voir se réaliser l’assèchement complet des approvisionnements d’essence du pays, et que, techniquement, les flux d’importations étrangers par la route ne pourraient jamais y suppléer.
Tous étaient conscients qu’ils faisaient la grève « par procuration » des trois Français sur quatre qui soutiennent le mouvement sans faiblir, et que le monde entier avait les yeux fixés sur la France, peut-être le seul grand pays pouvant encore contrarier l’offensive planétaire de la finance déchaînée contre les conquêtes sociales de l’après-guerre et de l’humanisme ouvrier.
Tous savaient que si seulement les trois millions de manifestants motivés versaient chaque mois dans les caisses de solidarité des raffineries une somme comprise entre 2 et 100 euros, mettons d’une moyenne de 20 euros, cela faisait immédiatement 60 millions, de quoi verser 1500 euros nets à 40 000 grévistes, et cela pendant le temps qu’il faudrait pour faire céder le gouvernement et que d’autres secteurs prennent le relais après les vacances scolaires.
D’autre part, même la presse patronale avait remarqué que cette grève des raffineurs n’était pas perdable, car « le secteur bénéficie ensuite d’un effet de levier extraordinaire parce que le lancement d’un mouvement de grève ne nécessite pas un grand nombre de salariés. Organisées en 3×8, les équipes chargées d’opérer les installations en salle de contrôle sont très réduites. Pour un site de 1.200 salariés comme la raffinerie Total de Gonfreville (Seine-Maritime), une équipe de quart représente moins d’une centaine de personnes. Si la majorité d’entre eux se met en grève, le site sera contraint de s’arrêter. » (Emmanuel Grasland, « Pourquoi les raffineries sont à la pointe de la contestation », Les Échos, 18 octobre 2010).
1 – Alors pourquoi ce revirement subit des douze raffineries en seulement quarante-huit heures ?
2 – De quels chantages ou intimidations ces valeureux grévistes ont-il fait l’objet ?
3 – Quel a été le rôle du ministre désigné par Sarkozy pour gérer la crise des raffineries à la place du titulaire Borloo, cet Hortefeux dédié aux basses oeuvres policières du régime ?
4 – De quelles informations, de quel tableau de bord secret, ce ministre vichyssois aura-t-il bénéficié, et dont aura été privée l’opinion publique ?
5 – Pourquoi les fédérations des industries chimiques CGT, CFDT et autres n’ont pas instauré un dispositif coordonné, transparent, lisible, facilité, pour dynamiser la collecte nationale des fonds de solidarité aux raffineurs, dispositif qui aurait pu servir pour d’autres grèves et résistances sociales ?
6 – Quels jours de grève seront finalement payés et comment vont-être distribués les fonds recueillis ?
7 – Pourquoi les intersyndicales n’ont pas expliqué les vrais motifs d’avoir incité soudainement à voter la reprise du travail, sans avoir au moins envisagé une suspension jusqu’à la rentrée scolaire et universitaire ?
8 – Pourquoi la plupart des sites internet de grève n’ont plus été réactualisés depuis 48 heures, et ne diffusent toujours pas de communiqués expliquant les motifs de la reprise de travail ?
9 – Pourquoi les sites internet de l’Union nationale des industries chimiques CGT et même de la confédération CGT ( www.cgt.fr ) sont-ils inaccessibles ce dimanche matin 31 octobre et depuis samedi ?
10 – Pourquoi les 220 agents des terminaux pétroliers du port de Marseille ont déverrouillé vendredi leur grève qui bloquait 78 navires et quatre péniches, c’est-à-dire l’approvisionnement pétrolier de la plus grande partie de la France ?
11 – Pourquoi la CGT du port marseillais « n’a livré aucun détail sur le contenu des dernières négociations ? » et que « la direction du port n’a pas non plus voulu dire ce qui avait permis de sortir de l’impasse » ? (Luc Leroux, « La CGT met fin au blocus du port de Marseille », Le Monde, ce dimanche 31 octobre).
12 – Pourquoi cette étrange et soudaine défaite de la grève de la filière pétrolière, célébrée avec une joie gourmande par les médias officiels afin de faire douter le peuple de ses capacités ?
Ce sont donc ici douze questions sans réponse pour les douze raffineries de l’hexagone.
(…)
Source : Revue Anarchiste Caennaise Apériodique
Brasero n°01 – http://ablogm.com/brasero





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