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Lettre ouverte du GANVA sur les violences policières

Lettre ouverte d’un militant du Groupe d’Action Non-Violentes Antinucléaires (GANVA) blessé par les forces de l’ordre lors de l’action de blocage du train de déchets radioactifs La Hague-Gorleben, le 5 novembre 2010 à Caen.

À l’heure où les violences policières exercées contre les manifestants se multiplient il est intéressant de revenir sur le cas des militants du GANVA blessés par les CRS lors de l’action de blocage du dernier convoi de déchets nucléaires à destination de l’Allemagne.

Nous avions stoppé le train en nous entravant sur la voie à l’aide de tubes en acier dans lesquels nous nous étions menottés. Procédé classique et non-violent utilisé depuis bien longtemps par les militants antinucléaires.

Lors de notre désincarcération, 5 militants ont été blessés dont 3 grièvement aux mains, ce qui est une première. Parmi ces trois personnes, deux ont subi des brûlures au 3e degré entrainant des ruptures de tendons, le dernier ayant eu deux tendons directement sectionnés par la lame de la disqueuse thermique utilisée par les CRS.

Nous avons déposé plainte pour «violences aggravées par personne dépositaire de l’autorité publique» auprès de la procureure de Caen. Qui a rapidement classé cette plainte sans suite…

La procureure se fourvoie en justifications plus aberrantes les unes que les autres : elle met notamment en avant le «refroidissement permanent des tubes»… Les tubes métalliques, chauffés à blanc par le contact de la disqueuse, ont en effet été refroidis à l’aide… de bouteilles d’eau minérale ! Elle parlera également de la haute technologie des tubes, de la grande dévotion des CRS…

On ne reviendra pas ici sur la haine et le mépris des forces de l’ordre : insultes, menaces, crachat au visage. Cette dimension essentielle du maintien de l’ordre n’a même pas été évoquée dans le classement sans suite. De même en ce qui concerne les coups de disqueuse sur la main de l’un des nôtres…

Conclusion de la procureure : «L’action de police […] avait eu pour but de préserver la vie et l’intégrité physique des manifestants.»

Le tribunal qui nous a jugé pour nos actes avait lui aussi fait preuve d’une grande perspicacité en qualifiant nos brûlures, ayant pénétré la chair jusqu’à ce que les tendons rompent, de «brûlures superficielles».

Trois mois plus tard, après plusieurs opérations, greffes de peau et rééducation intensive, deux des blessés sont toujours dans l’incapacité d’exercer leur activité professionnelle.

Nous déposons une nouvelle plainte ce jour, avec constitution de partie civile, auprès du doyen des juges d’instruction de Caen.

Le nucléaire est une industrie guerrière, dangereuse, polluante, nocive pour l’homme et son environnement. Elle produit des déchets hautement toxiques pour des centaines de milliers d’années, mettant en péril non seulement notre avenir mais aussi celui des générations futures.

Voilà pourquoi, malgré tous ses efforts, l’État nucléaire toujours plus sécuritaire et violent, ne nous fera pas taire tant que notre leitmotiv ne sera pas réalité :

«Nucléaire : Plus jamais !»

GANVA, 17 février 2011.

Source : Revue Anarchiste Caennaise Apériodique

Brasero n°01 – http://ablogm.com/brasero


 
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CONTRE LE TRAIN TRAIN NUCLÉAIRE

Le 05 novembre dernier, le GANVA, groupe non violent antinucléaire bloquait durant plus de 3 h 30 à Caen un train transportant des déchets radioactifs vers l’Allemagne. Désincarcérés violemment et blessés par des policiers plus soucieux des retards de trains et des intérêts d’AREVA que de l’intégrité physique des antinucléaires, il-elle-s sont immédiatement interpellé-e-s. Aujourd’hui, 8 décembre, 7 d’entre eux-elles sont traduits en justice au tribunal de Caen où il-elle-s encourent de lourdes sanctions.

Des trains de déchets radioactifs, il en passe des dizaines par an en gare de Caen. Et pour cause la Basse-Normandie est une des régions les plus nucléarisée au monde : de la production d’électricité nucléaire, au retraitement des déchets nucléaires français et étrangers en passant par la recherche (GANIL), la formation d’ingénieurs (ENSI), la construction de sous marins atomiques ou l’immersion de déchets nucléaires britanniques dans la mer de la Manche dans les années 50. Nucléopolis* est la dernière trouvaille des promoteurs du délire nucléaire en Basse-Normandie. Le nouveau pôle universitaire de recherche et de promotion du nucléaire vient de se voir octroyer une subvention de 35000€ de la part du Conseil régional de Basse-Normandie. Bon camarade, Europe Ecologie qui se présente pourtant comme antinucléaire s’est abstenue sur cette question en commission permanente à l’exception d’une de ses membres sur ce vote, tandis qu’à Caen-la-mer, l’agglomération, leurs élu-e-s votaient contre.

Plus tôt, en 2004, les élus verts au Conseil régional avaient permis par leur abstention à une motion soutenant le projet de réacteur EPR à Flamanville de passer. La même année en PACA, c’est un deal qui unit la nouvelle majorité rose-verte : ce sera un euro pour le projet expérimental de fusion nucléaire ITER contre un euro au renouvelable.

Dernièrement, en 2009, à la veille du sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique, les nouveaux eurodéputés Europe écologie, Yannick Jadot tout nouvellement débarqué de la direction de Greenpeace France en tête, vote une motion du parlement européen qui fait du nucléaire l’un des éléments du combat contre le réchauffement climatique*.

Si les élus écologistes demeurent sans doute antinucléaires, depuis longtemps ils font du nucléaire un élément secondaire sur lequel ils peuvent faire des concessions.

Il faut dire qu’en quelques décennies les signes des dégâts écologiques sont devenus de plus en plus criants. De Bhopal à Tchernobyl en passant par la fonte des glaces, tout est devenu de plus en plus évident. Pour autant loin de remettre en cause ce qui était à la source de ses dégâts, les raffinements du capitalisme, l’écologie a été détournée de son sens initial et le capitalisme a réussi à intégrer sa contestation. Dans le même temps que les désastres écologiques et sociaux s’amoncelaient, les écologistes se sont de plus en plus associés à leur gestion. Et les industriels, loin d’être convertis mais sentant le filon, se sont donnés une image verte. Ainsi le nucléaire s’est-il sous l’effet d’un monstrueux mais opportun lifting transformé en énergie propre et non productrice de CO2. Que ce soit faux, peu importe, le négationnisme écologique a ses entrées médiatiques…

Que le moins mauvais des mondes où l’on nous enferme ne nous permette de choisir qu’entre charbon, nucléaire ou éoliennes industrielles montre bien dans quel impasse nous sommes, et à quoi cette écologie nous intime de renoncer : à changer ce monde. Et ce à quoi elle nous condamne : à vivre sans cesse en choisissant entre le moindre mal et le pire, entre Charybde et Scylla.

L’idée même de développement durable si chère à une bonne part du mouvement écologiste n’ a eu de cesse que de nous faire gober que le capitalisme méritait d’êtresauvé. Pourtant la société dans laquelle le nucléaire s’est développé, c’est une société engagée dans la fuite en avant technologique consistant à produire et consommer toujours plus. Et pour ce faire, piller, exploiter, détruire, irradier, maintenir des dictatures et des armes de destruction massive ou stratégiques, contrôler et fliquer. Le nucléaire est au coeur même de ce délire boulimique.

Le 05 novembre, l’Etat a frappé fort contre le GANVA* : 7 arrestations et 3 blessés Mais depuis son origine la contestation antinucléaire a toujours eu à souffrir d’une forte répression, et ce quelques soient les gouvernements en place.

A Plogoff les gendarmes mobiles utilisaient des grenades offensives contre les manifestant-e-s. Il y aura des mutilés et un mort, Vital Michalon, lors du rassemblement de Malville en 77. A Chooz ce sont des engins de guerre qui attaquent les barrages.

A Cherbourg, les voltigeurs (flics montés sur des motos dont l’un tient une matraque pour frapper à la volée) dispersent les opposant-e-s à la fin des années 70. Partout, il-elle-s sont menacé-e-s et poursuivi-e-s. En 85, le gouvernement Mitterrand plastique le Raimbow Warrior en campagne contre les essais atomiques français. En novembre 2004, Sébastien Briat meurt happé par un train de déchets radioactifs qu’il avait voulu stopper avec plusieurs de ces compagnon-ne-s.

Le programme nucléaire nous a toujours été imposé par la force et dans le plus grand secret.

Partout en Europe, les Etats de toutes tendances réduisent un peu plus leurs oppositions au silence en criminalisant les actions radicales. Le dernier mouvement sur les retraites en France a donné lieu à plusieurs milliers d’arrestations et de nombreuses

violences policières, comme à Caen où un étudiant a reçu une grenade lacrymogène en tir tendu dans la tête.

Ici comme ailleurs, l’Etat continue de montrer son véritable visage, autoritaire, sécuritaire, au service de la continuation des intérêts capitalistes et nucléocratiques. Malgré une forte mobilisation policière en Allemagne, l’opposition au transport de novembre de déchets vers Gorleben a été importante à la veille de la décision de la CDU de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires. Des manifestations massives de plusieurs dizaine de milliers de personnes ont eu lieu. Sur le parcours, les convois ont été bloqués par des manifestant-e-s assis sur les voies. D’autres ont tenté de retirer le ballast des voies ou se sont suspendus au dessus des rails. D’autres

encore ont cherché à incendier un véhicule blindé.

En Allemagne, ce sont donc plusieurs dizaines de milliers de personnes qui ont essayé d’empêcher le train d’arriver à destination en combinant différents types d’actions selon les sensibilités de chacun-e.

Plus modestement, c’est ce qui a été tenté à Caen avec un rassemblement en gare, une tentative d’occupation des voies, avec friction avec les forces de l’ordre, et l’enchainement de plusieurs personnes en amont. Cette dernière action a entrainé un retard de plus de 3 heures au train de déchets. Des actions autour des tracés de lignes THT liées à l’implantation du réacteur nucléaire EPR à Flamanville continuent d’avoir lieu*.

Ce genre de mobilisations est à multiplier et amplifier tout en réfléchissant à élaborer des stratégies qui nous soient le moins préjudiciables possibles.

Quelques antinucléaires engagé-e-s dans la bataille du rail.

 

*Nucléopolis est né le vendredi 19 septembre dernier. Ce pôle normand de science nucléaire unit les différents acteurs du nucléaire en Normandie. L’idée c’est de faire de la Basse-Normandie un pôle de compétitivité dans le domaine. S’y sont associé 45 membres.Des entreprises du nucléaire comme AREVA ou EDF, des PME, des laboratoires de recherche comme le GANIL ou Cyceron, l’école d’ingénieurs en nucléaire de l’Ensi-Caen, des collectivités locales. Le but : « Vendre la filière nucléaire normande à l’extérieur. Nous avons le savoir-faire. Il faut le faire savoir. »

*Sur ces votes on peut lire Nucléaire : fusion et déraison, article parut dans le n°2 de la revue Z ; Ni rose, ni vert l’EPR en basse Normandie ? Article disponible sur le site du CRAN http://www.anartoka.com/cran/ ; et on peut avoir accès au vote du parlement européen sur : http://bit.ly/5PpHjX et à l’explication risible de vote d’Europe Ecologie sur http://europeecologie.eu

* Le GANVA vient de sortir un court texte qui présente plus en détail ce qu’il-elle-s combattent leurs activités, leurs objectifs et leur mode de fonctionnement : Qui sommes nous, que défendons nous , disponible sur le site du CRAN : http://www.anartoka.com/cran/ De nombreuses infos sont également à disposition sur leur site : http://ganva.blogspot.com/

*Le 25 septembre dernier une action de déboulonnage symbolique et public de ligne THT a eu lieu à Isygny le Buat dans la Manche. Sous l’oeil de nombreux gendarmes, d’un hélico et d’un agent RTE (réseau de transport d’électricité) 6 boulons d’un pylone THT ont été dévissés en présence d’une centaine de manifestant-e-s et riverain-e-s puis déposés au pied du pylone. Cette action de déosbéïssance visait à montrer que le combat anti-THT n’était pas mort, mais également que le réseau de transport d’électricité est vulnérable. A nous de nous saisir de leur vunérabilité.

Infos disponibles sur le site du CRAN – Collectif Radicalement AntiNucléaire : http://www.anartoka.com/cran/portal.php

Source : Revue Anarchiste Caennaise Apériodique

Brasero n°01 – http://ablogm.com/brasero


 
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BLOCAGE DE TRAIN NUCLEAIRE DE NOVEMBRE :

De la désobéissance à l’idéologie de la désobéissance.

Le 5 novembre dernier, un train de déchets radioactifs en partance pour Gorleben en Allemagne passait en gare de Caen. Ce transport a donné lieu a une forte mobilisation côté français et allemand et à des actions sur Caen. En plein mouvement sur les retraites, ce train a été bloqué pendant près de 3 heures par le GANVA, groupe désobéissant antinucléaire, avant d’être ralenti encore davantage en Allemagne par des milliers de personnes mobilisées outre Rhin. Le blocage caennais a donné suite à une répression exemplaire de ce que la société nucléaire prévoit pour ses opposant-e-s : procès, amendes faramineuses, et violences policières volontaires. Un retour d’expérience s’impose. A ce retour, est joins le texte Contre le train train nucléaire distribué par « quelques antinucléaires engagé-e-s dans la bataille du rail » distribué le jour du procès des militant-e-s du GANVA.

Un train qui peut en cacher d’autres.

Régulièrement, des déchets nucléaires passent en gare, en direction du terminal de Valognes puis de La Hague ou vers les pays contractants. Ils passent dans le plus grand silence dans des gares, avec leur cortège de radioactivité et de flics…. des convois si banals…

Celui du 05 novembre a fait plus de bruit que les autres parce qu’il a été pris pour cible par les antinucléaires français et allemands. En effet, ce convoi ramène des déchets vers le centre d’enfouissement de Gorleben en Allemagne. La Hague c’est un centre où l’on retraite des combustibles usés issus des centrales nucléaires, notamment allemandes, mais également de France et de tas d’autres pays contractants en vue de séparer les matières encore présentes, de vitrifier les déchets hautement radioactifs pour les entreposer ou de les renvoyer vers les pays contractants.

Ce 5 novembre 2010, c’est l’un des convois les plus volumineux, avec ses onze wagons castors*, qui n’ai jamais transporté de déchets radioactifs qui doit parcourir France et Allemagne pour rejoindre la petite ville de Basse Saxe de Gorleben où les déchets allemands sont stockés en attente d’une « solution ». C’est vers un pays qui sait fortement se mobiliser que ces déchets radioactifs repartent et c’est ce que visent les antinucléaires : joindre les mobilisations françaises et allemandes, et mettre sous les projecteurs ces transports si banals.

Montrer ce que les nucléocrates veulent cacher.

A l’appel des réseaux citoyennistes et écologistes – réseau sortir du nucléaire, Europe écologie, NPA, Greenpeace – un rassemblement était prévu en gare de Caen. Ce rassemblement ne devait pour ces organisations donner aucunement lieu à un blocage du train. Les organisations françaises refusent de bloquer les retours de déchets estimant que La Hague n’a pas pour finalité de demeurer la poubelle nucléaire du reste du monde. Tandis qu’en Allemagne les manifestations massives n’ayant souvent lieu qu’autour des centres d’enfouissement, ce sont les retours qui sont principalement visés. Bref, les merdes générées par le nucléaire personne n’en veut.

Par ailleurs, à l’initiative de l’AG intercatégorielle de lutte et de l’AG étudiante, une tentative de blocage du train devait avoir lieu dans la perspective d’un blocage économique autour des luttes sociales en cours.

En gare 100 à 150 personnes. Il y a possibilité d’entrer en gare lorsque le rassemblement débute. Mais le train n’est toujours pas parti de Valognes. Bloquer alors, c’est le meilleur moyen de se faire rapidement et violemment dégager avant même que le train ne passe par les nombreux flics sur place : la section d’intervention, la BAC, 12 cars de mobiles au parc au train, etc.

Vers 15h à l’approche du train nous rentrons massivement dans le hall. La section d’intervention bloque déjà l’accès au voies. Ça gueule : « société nucléaire, société policière », « Ni civil , ni militaire, arrêt du nucléaire », « le nucléaire c’est des emplois dans les cimetière et les commissariats », « société nucléaire, société policière ». Ça bouscule. Les voyageurs sont bloqués par des flics obtus (pléonasme).

Bloquer et ralentir la machine nucléaire.

A 15h40 nous apprenons que le GANVA a bloqué le train au niveau de la Cavée. Un cortège s’ébranle pour soutenir les compagnon-ne-s enchainé-e-s aux voies. A la cavée, près de la prairie, une soixantaine de personnes s’aventure sur les voies, y dispose des parpaings. Il-elle-s sont rapidement et sans violence évacué-e-s par les gendarmes mobiles sur place. On croise un hélico, plusieurs cars de mobiles, la nationale et des pompiers. A ce moment, deux militantes du GANVA sont évacuées et placées en garde à vue. 5 autres miltant-e-s sont encore chainées aux voies. Le dispositif policier cache les enchainés derrière des banderoles et commence à découper à la meuleuse les tubes qui enchainent les militant-e-s aux voies, et qu’eux-elles seul-e-s peuvent actionner. Il faudra 3 heures trente pour les débloquer. Trois enchainés sont blessés lors de la dés-incarcération. Deux d’entre-eux par les brûlures occasionnées par la meuleuse. En effet, le même mobile s’occupera des différents enchainés. Certains seront insultés, intimidés, provoqués. Et lorsque ceux ci font part de douleurs dues aux brûlures, on leur répond qu’il n’avait pas à s’enchainer. Bref, la routine des exactions policières. Finalement au bout de 3h30 les compagnon-ne-s sont tous désenchainé-e-s, Un des compagnons est emmené à l’hôpital. Nous apprendrons a postériori que les tendons de sa main sont touchés.

Les compagnon-ne-s ont passé la nuit au commissariat de Caen.

En soirée le train redémarre. A son passage un compteur Geiger révèle qu’à 20 m du convoi le taux de radioactivité est 12 à 14 fois supérieur à la radioactivité naturelle. Ce qui nous a consolé c’est que les gardes mobiles étaient bien plus près !

A noter la présence en soirée d’un des élus Europe écologie s’étant il y a quelques années abstenu sur une motion pro-EPR au Conseil régional de Basse- Normandie permettant à cette motion pro-nucléaire de gauche de passer …

En Allemagne, la mobilisation s’amplifie.

Après Caen, au vue des retards et sans doute pour éviter d’éventuels autres blocages, le train change d’itinéraire. Quelques incidents et rassemblements ont tout de même lieu sur son passage ou en marge. Un groupe d’activistes annonce avoir réussi à balancer de la peinture sur le train non loin de Rouen. A Hoenheim, des échauffourées ont lieu lorsque des CRS dispersent violemment les manifestant-e-s pour qu’ils s’éloignent des voies. Le train traverse Strasbourg et se dirige vers Kehl avec un nouveau changement de trajet. Il semble que ce soit la première fois qu’un transport de déchets traverse une agglomération aussi peuplée que Strasbourg. Dans chaque ville les élu-e-s écologistes se plaignent de ne pas avoir été prévenu-e-s tentant ainsi de nous faire croire qu’il pourrait exister une gestion plus citoyenne et démocratique du nucléaire… Face à la matraque les lettres de protestation.

Côté allemand, tension et mobilisation montent d’un cran. Ce sont des milliers de personnes qui sont mobilisées. Il faut dire que l’enjeu est double : combattre ces convois et de surcroit manifester une opposition au nucléaire à un moment où l’Etat envisage de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires allemandes remettant ainsi en cause la sortie programmée et factice du nucléaire en Allemagne et l’accord rose-vert obtenu quelques années plus tôt. Les Grünen, verts allemands, qui avait fait de cet accord, leur grande victoire au milieu d’un océan de compromis, notamment sociaux, sont obligés de monter au créneau pour se refaire une santé.

Une dizaine de militant-e-s de Geenpeace sont arrêté à Lauterburg dans un hangar non loin de la gare. A Berg, plus d’un millier de personnes occupent les voies, 3 militant-e-s sont enchainé-e-s à des blocs de béton.. A Dannenberg, une manifestation regroupe une dizaine de milliers de manifestant-e-s. A Altmorshen une action de blocage retarde le train de plus de 2h. Des activistes s’étaient suspendus à des ponts, les trains sont passés au ralenti sans stopper. Des contrôles massifs ont lieu autour des chemins menant aux voies. A l’ouest de Harlingen, une centaine de manifestant-e-s se chainent entre eux-elles sur les voies. Ils sont évacués. A Dannenbeg ce sont près de 5000 personnes qui bloquent, tandis qu’à Grünhägen des manifestant-e-s s’en prennent au ballaste qui soutien les voies, ce qui devrait contraindre le train à stopper, ce qu’il ne fera pas. Là, la police rentre dans le tas lorsqu’elle cherche à évacuer les voies. Des fusées de détresse sont balancées vers les flics Un Véhicule blindé est aspergé de goudron, avant que ses assaillants tentent de l’incendier.

En Allemagne, le long du passage du train, se sont de mobilisations massives et déterminées qui ont eu lieu, qui l’ont retardé de plusieurs heures, et qui ont contraint les Etats allemands et français à mobiliser plusieurs milliers de flics, démontrant une nouvelle fois le caractère policier de la société nucléaire.

En décembre, un procès à charge.

En décembre, s’ouvre le procès des 7 interpellé-e-s de Caen. Un rassemblement devant le tribunal de Caen est organisé par un comité de soutien*. 300 personnes avec tentes, infokiosk et cantines manifestent leur solidarité avec les inculpé-e-s.

D’entrée le procès sonne comme une instruction à charge. La plainte contre les violences policières a été classée par le juge. La suite du procès sera du même acabit. Le juge sonne la charge et elle est loin d’être légère : les prévenu-e-s n’ont aucune légitimité à avoir stoppé le train puisqu’il n’est pas dangereux (sic!), ils ne connaissent rien en matière scientifique, la désobéissance c’est le début du fascisme (re sic!). Et tout ça, entouré d’un dispositif policier totalement hallucinant. Et dans les mémoires sonne déjà les réminiscences orwelliennes de 1984 : « la guerre c’est la paix », « la liberté  c’est l’esclavage ».

Rien d’étonnant à ce qu’un juge défende si opiniâtrement la loi, ni à ce qu’il soit totalement étranger à l’idée de liberté et d’insoumission, puisqu’en priver un bon nombre d’individu est son sacerdoce, mais d’habitude cette espèce en mal de légitimité tend à vouloir se montrer impartial sur le fond des dossiers. Là, nada. L’animal sans doute grisé par la forte présence policière cherche à produire une sorte de philosophie politique qui ressemble à s’y méprendre à un bouillon.

A la barre, la défense défend l’état de nécessité, au vue du danger du nucléaire et des transports et de l’absence de démocratie qui a entouré la mise en place du programme nucléaire en France. Les témoins de la défense se succèdent. Yannick Rousselet de Greenpeace France apporte son témoignage sur des actions de blocages antérieures, sur le fait qu’elles avaient été beaucoup moins violemment réprimées. Il insiste également sur le fait que les actions de Greenpeace contre les immersions de déchets radioactifs à la mer avaient contribué à que les gouvernements finissent par y renoncer. Un des compagnons de route de Lanza del Vasto, J-B Libouban, membre des communautés non violentes de l’Arche, est interrompu alors qu’il tente de justifier et de donner une filiation au combat non violent de la désobéissance. Un ancien délégué CHSCT de la SNCF intervient quant à lui sur les risques encourus par les cheminots aux abords des trains et souligne comment la SNCF délègue la gestion de la sécurité des « colis » nucléaires qui leur sont livrés à l’exploitant, AREVA. Un scientifique indépendant intervient de son côté sur les risques encourus et le danger que représentent ces transports. S’en suivent des arguments de forme autour des conditions de garde à vue cherchant à annuler l’ensemble de la procédure.

En janvier, plus de 20000€ d’amendes et du sursis.

Le 26 janvier, le jugement a été rendu. Les compagnon-ne-s ont été reconnu-e-s coupables des chefs d’inculpation d’entrave à la circulation et de préjudice d’image. La procédure en nullité requise par la défense a été rejetée. Les militant-e-s ont donc été condamné-e-s à un mois d’emprisonnement avec sursis et 1000€ d’amende. L’un d’entre eux ayant refusé la prise d’empreintes digitales lors de sa garde à vue a écopé de 500€ supplémentaires. Au civil, les militant-e-s sont condamné-e-s à verser 1€ de dommages et intérêts à Areva et 20 500€ à la SNCF. 1000€ de frais de justice ont été accordés aux deux parties civiles.

Bref, la justice tape comme d ‘hab’ au portefeuille et tente d’effrayer et de neutraliser avec du sursis. Très rapidement les militan-t-es du GANVA décident de faire appel de la décision.

« Nous n’acceptons pas ce jugement qui banalise les violences policières et criminalise des militant-e-s non violent-e-s et nous faisons appel de la décision du tribunal d’instance de Caen. En parallèle, nous avons saisi le tribunal administratif pour contester la légalité de la mise en circulation par les autorités du convoi Valognes – Gorleben du 5 novembre 2011. Les premiers éléments de l’enquête montrent des anomalies qui pourraient nous donner raison à postériori. De plus, nous saisissons le doyen des juges d’instruction et la CNDS (Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité) afin que la lumière soit faite sur les violences policières et que celles-ci ne restent pas sans suite. »

Il faut bien que quelque chose change pour que rien ne change.

Il semble que la justice caennaise, simple rouage de transmission des desiderata de l’Etat et d’AREVA ait cherché cette fois à frapper fort. Le fric, les blessures et les menaces de prison, histoire de dissuader d’autres personnes de passer à l’action. Hier comme aujourd’hui, le nucléaire continue d’avancer à la trique et à l’intimidation. Depuis quelques années les publicitaires et les chargés de communication embauchés par les promoteurs du nucléaire ont tenté d’offrir un lifting à l’énergie nucléaire et ses zélés défenseurs, en la faisant passer pour une énergie sécurisée, transparente et propre à l’heure du réchauffement climatique.

L’action du 5 novembre a montré ce qui se terrait sous ce ravalement de façade : la même brutalité crue, les mêmes impératifs financiers et étatiques imposés au son du « on a pas le choix », avec les mêmes méthodes que jadis, lorsqu’à Chooz les blindés attaquaient les opposants au nucléaires et les sidérurgistes. Parce que le nucléaire, plus ça change, et moins ça change.

L’idéologie de la désobéissance.

L’action lorsqu’elle est soumise à la répression a parfois cette étrange inclinaison à échapper en partie à ceux et celles qui l’ont produite. C’est en partie ce qui s’est passé sur ce blocage. C’est en tout cas ce qui semblait transpirer des discussions et des débats qui ont entourés cette action et ses suites. Soudain, ce qui était un mode d’action choisi au départ pour bloquer la machine nucléaire, mode d’action parmi d’autres, comme par ailleurs ce rassemblement en gare de Caen, est devenu au fil des communiqués, des prises de paroles publiques et des plaidoiries, une idéologie autonome : la désobéissance.

Un procès, ça contraint, sauf à s’attaquer à l’institution judiciaire, à entrer dans le cadre juridique, tout comme s’appuyer sur les médias implique implicitement de rentrer à minima dans leur cadre. Or, aussi bien au niveau de la ligne de défense qui faisait de la désobéissance civile non plus un moyen mais une fin via les témoins de la défense, Libouban, ou plus tard Yannick Rousselet présentant des actions minoritaires comme pouvant faire stopper des activités des nucléocrates, que des communiqués et des prises de paroles médiatiques, l’action se réduisait à son mode opératoire. La répression y est présentée comme inattendue et comme relevant d’un accident dans le dispositif de mise au pas de ses oppositions par le pouvoir. Or, s’il ne s’agit pas de banaliser la violence policière et l’acharnement financier des magistrats à l’encontre des désobéissant-e-s, il ne s’agit pas non plus de sombrer dans l’angélisme et de faire croire que l’Etat et la justice seraient neutres face aux actions des antinucléaires lorsque celles-ci visent véritablement à enrayer la machine nucléaire. En s’offrant ainsi aux fourches caudines de la justice et en lui demandant de trancher, bref en la justifiant comme organe légitime de décision, comme auparavant l’avaient entrepris les faucheurs volontaires pour les OGM, dont Jean Baptiste Libouban fut l’un des créateurs, c’est faire fonctionner la vieille illusion de la séparation des pouvoirs et de la neutralité de l’Etat. C’est oublier à peu de frais que grosso-merdo la magistrature ne fait que soutenir l’ordre du monde tel qu’il court à sa perte dans son application souvent zélée des lois sanctionnant la domination capitaliste en cours et son appendice nucléaire. Le risque est grand alors de passer de la désobéissance civile telle qu’elle a pu être défendue par Thoreau ou d’autres, à la désobéissance civique défendue par Bové et certain-es de ses ami-e-s. D’un coté une justification du fait de désobéir, de l’autre la nécessité que cette désobéissance se fasse dans un cadre stricte, en ne se soustrayant pas à la répression, en agissant au grand jour pour obliger l’Etat à trancher. C’est ce que l’on peut résumer sous l’appellation de citoyennisme.

Cette orientation privilégiée de fait, aussi à défaut de mobilisations plus larges et plus variées, est d’autant plus regrettable à un moment où ces formes d’actions sont questionnées par nombre de faucheur-se-s, au vue de leur coût tant financier qu’humain pour les luttes et ceux et celles qui les vivent. C’est jadis ce qui finit d’opposer René Riesel et quelques autres qui s’étaient opposés aux chimères génétiques et les faucheurs médiatiques.

Rien d’étonnant alors de voir Bové aujourd’hui s’être rallié à l’écologisme d’Etat, et de s’être investi via Europe Ecologie au Parlement Européen. Rien d’étonnant non plus d’avoir rapidement vu les vautours d’Europe Ecologie, si prompts par ailleurs à lâcher du leste sur la question du nucléaire depuis des années, soutenir l’action et même tenter d’en récupérer médiatiquement les bénéfices. Il fallait les voir se précipiter vers les caméras lors du blocage.

D’ailleurs les cameras c’est un autre aspect de la stratégie désobéissante qui de par son prisme a tendance à la transformer en idéologie. En effet, l’action s’y doit d’être spectaculaire, crédible,efficace, entourée de portes paroles eux-elles mêmes crédibles, bref de tout un arsenal de spécialistes. Cette spécialisation peut rapidement se transformer en dépossession, et le « il y a des gens pour agir à ma place » prendre le pas sur d’autres formes de mobilisation plus collectives. La dépossession est d’autant plus grande que par ailleurs l’action directe contre un train de déchets nucléaire nécessite le plus grand secret. Tout s’y vit à distance et tout la complexité du réel s’y transforme en représentation. Et les médias ne donnent à voir que ce qu’ils veulent bien laisser voir. Parce que comme l’Etat, les médias ne sont pas neutres : soit ils appartiennent à l’Etat, soit aux grandes firmes, soit ceux et celles qui les animent sont passés par les mêmes écoles et défendent grosso-modo une vision sensiblement identique du monde. Dès lors, ce qui les intéressent, c’est l’action, les martyrs. Ces derniers sont d’autant plus utiles qu’ils peuvent certes émouvoir, mais également démobiliser. « Si combattre le nucléaire c’est prendre des coups, autant que d’autres les prennent à ma place… »

La désobéissance lorsqu’elle se fait, parfois malgré elle, idéologie mène le combat sur des terrains entièrement contrôlés par l’ennemi. Et s’il s’agit de désobéir, il vaudrait mieux le faire tous et toutes, et sans rien attendre, ni légitimer des organes se soumission.

Ce qu’il restera de novembre…

Ce qui reste de ce mois de novembre, c’est un acte fort visant à bloquer la machine nucléaire. C’est également une première tentative d’articuler les modes d’action autour des transports nucléaires, tentative qu’il faudra surement creuser à l’avenir. D’autant que c’est là un fait nouveau et pas vu depuis longtemps sur Caen.

Nous ne pouvons en effet faire l’économie d’un mouvement vaste, mêlant différentes formes d’action, d’organisation, terrains de lutte (des THT aux transports…). Parce que nous ne pouvons déléguer la lutte à quelques-un-e-s chargée-e-s de se battre à notre place, ni à d’éventuelles études scientifiques, ni à des élu-e-s politiques si prompts à nous trahir ou à se rallier à la réal politique, encore moins à la justice dont on voit encore une fois aujourd’hui à quel point elle est aux ordres.

Or depuis des décennies, le mouvement antinucléaire français a choisi d’emprunter d’autres voix, avec le résultat que l’on sait : une écologie intégrée d’une part, des recours juridiques inefficaces et des spécialistes délégués aux actions de l’autre. Bref, tout ce qui peut participer à propager le désert et les défaites, tout autant que nos propres servitudes et soumissions.

*La composition du train du 05 novembre : 2 locomotives, 6wagons de CRS, 11 containers castors, 6 wagons de CRS, 2 locomotives, quelques minutes après suit un train de 4 à 5 locomotives (de rechange?); et bien sûr le long du trajet des dispositif policier et de surveillance conséquents, un hélico qui survole, etc

*Autour du procès une mobilisation a eu lieu sur Caen. Le samedi 04, un rassemblement est organisé pour annoncer le procès. Une agence EDF et des pubs sont redécorées. Le mardi 7, un débat public est organisé à la fac autour d’un repas organisé par la cantine libertaire et les radicales cocottes et de la projection du film « nicht mit uns » sur les mobilisations autour des transports de déchets vers l’Allemagne de 2005. Le mercredi 8, un rassemblement est organisé avec cantine, infokiosks, cidre chaud, et musique, Le soir c’est un concert de soutien qui réunit ceux et celles qui sont venues soutenir les inculpé-e-s. A Pessac en Gironde une action clown a été organisée dans les locaux d’AREVA pour soutenir les inculpé-e-s.

Le 8 février dernier un train de combustible usés italiens passait en gare de Caen en direction de La Hague. Des opposant-e-s au tracer TGV Lyon Turin l’ont bloqué en Italie:

Communiqué collectif No TAV du laboratoire du 7 février à 14h

Un castor (conteneur) de combustible usé italien(13 tonnes de déchets hautement radioactifs en provenance d’une centrale arrêtée, il y a déjà 31 ans, devait passer par le Val de Susa dans la nuit du 6 au 7 d’Italie, devait passer la frontière lundi 7 à 04:50 Le train de 13 tonnes de déchets nucléaires a été bloqué dans le val de susa en gare de Condove. Une cinquantaine de No TAV ont bloqué la gare de Condove de 12h à 6 heures du matin ( il devait passer la frontière à 4:50).200 CRS italiens ont chargé les manifestants pour laisser passer le train castor. des blessés et trois arrestations , Une seule personne est sorti du commissariat. Deux compagnons Arturo et Guido de la revue NUNATAK ont été dirigé vers la prison de la Valette ( Turin). de
nombreuses réunions de soutien se tiennent ce soir soit au squat l’Asilo et dans la vallée du Val de Susa. Solidarité avec les deux compagnons Non à la LGV Lyon – Turin Source : le laboratoire.

Source : Revue Anarchiste Caennaise Apériodique

Brasero n°01 – http://ablogm.com/brasero


 

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