Ico-Loppsi-03

LOPPSI, on t’aura

Le « sécuritaire » n’est pas seulement la dictature en grosses pompes, c’est aussi le silence de la pantoufle administrative… Avant même d’être un ambitieux projet de transformation de la France en un gigantesque commissariat, la LOPPSI 2, et le « tout sécuritaire » qui va avec, est un formidable outil de gestion de la main d’œuvre (avec ou sans travail), en plus d’être la dernière version de contrôle des dissidents.

Le rôle de l’État, de gauche comme de droite, sécuritaire ou démocratico-démagogique, est d’assurer le développement de l’économie en garantissant des conditions favorables d’exploitation. Les moyens qu’il se donne dépendent de la situation sociale à laquelle il doit s’adapter mais l’objectif reste toujours la rentabilisation de la chair à patron (celle produit le capital), et la reproduction du système et de ses hiérarchies. RMI… RSA… les outils de contrôle des travailleurs précaires s’affinent mais la logique reste la même : la précarisation des précaires appuie celle des travailleurs, permet le nivellement des salaires vers le bas, la flexibilisation du travail et le développement de l’intérim. L’organisation de la précarité et la gestion de la misère servent toujours l’organisation du capitalisme. Il en va de même pour toutes ces lois qu’on qualifie de « sécuritaires ». Des premières lois sur la maîtrise de l’immigration votées par la Gauche, à cette série de lois LOPPSI, la logique reste la même : une gestion des populations de plus en plus performante pour un contrôle de plus en plus précis du marché du travail. On est loin du fantasme d’un État policer qui viendrait tabasser l’État social existant…

Dès la fin des années 1990, sous Jospin, l’obsession sécuritaire s’emballe. Puis en 2003, la Loi d’Orientation et de Programmation pour la Sécurité Intérieure se prend un « P » de plus pour «Performance ». Comme partout, l’heure est à l’ « optimisation », au « management », à l’ «organisation des ressources humaines ». La gestion du social adopte ce fonctionnement. C’est donc largement une histoire de gros sous qui va alimenter les marchés de la surveillance et du contrôle: des mouchards électroniques aux caméras en passant par la construction immobilière et la promotion du secteur privé de la sécurité-1-.

Désormais, l’« anticipation », la « prévention des délits » et les « pronostiques sur les profils criminogènes dès le plus jeune âge » viennent remplacer les traditionnels modes de résolution d’enquête pour « prévenir plutôt que guérir ».

De plus, en matière de rendement policier, le calcul est simple, il suffit de ratisser large. Voleur, Roms, squatteur, délinquant à la petite semaine, sans-papier, maraudeur des « tombés-du- camion », vendeur « à la sauvette », marginal qui construit sa cabane (…) viennent grossir les rangs de l’« ennemi intérieur », au côté des multiples menaces terroristes, migratoires ou banlieusardes. Le principe est de donner au Ministère de l’Intérieur les moyens de mener une politique offensive contre cette « délinquance de masse », diffuse et quotidienne, que pratiquent régulièrement tous les exploités de ce système pour tenter de survivre un peu mieux. Ce sont les délits de débrouille pour survivre dans le système que la politique de la sécurité intérieure désigne comme fléau national et se donne pour tâche d’éradiquer « (…), loin d’être seulement l’addition de délits indépendants les uns des autres, la délinquance est plutôt le fait d’un nombre limité de personne ayant adopté un mode de vie criminel qui se caractérise par la commission régulière d’infraction. » Les chiffres de la délinquance gonflent, le mythe de l’insécurité grandit, et la police a de plus en plus de travail… Ça tombe bien ! Avec la LOPPSI 2 tous les coups sont permis.

La LOPPSI 2, c’est donc avant tout un programme d’orientation sur 4 ans qui vise à réorganiser les administrations du contrôle social en les dotant des moyens pour le faire : le but est de « mutualiser les forces », de rendre policier tous les acteurs civils du contrôle (boites de sécurité privées, Éducation Nationale, société de transports en communs, Pôle Emploi, Sécurité Sociale, Trésor Public…) afin que les flics n’aient plus à s’occuper de paperasseries et se concentrent sur le terrain. Les agents de direction de l’administration sociale pourront désormais à la fois s’échanger des informations entre eux ou en demander aux keufs, et dresser des procès verbaux en cas de fraude. Quant à la bleusaille, gendarmes, policiers et douaniers seront incités à travailler ensemble par la création d’équipe commune d’enquête et des possibilités de formation mutuelle. Pour « optimiser » leur rendement, on modernise leurs moyens technologiques ( par exemple triplement du nombre de caméras, militarisation du matériel), on augmente les effectifs de la police technique et scientifique (une police blanche comme Monsieur Propre!), et on accroît la circulation de l’information entre eux (et même entre les pays).

Pour manager (et surtout ménager) les ressources humaines chez les condés, la loi prévoit par ailleurs la création d’une réserve civile (flicaille retraitée et « citoyens-vigilants-délateurs-volontaires »)-2-, une formation permanente… et bien sûr une promotion sociale car c’est vraiment trop dur d’être un flic! Ce programme d’orientation s’accompagne d’une énorme réforme juridique qui vient légaliser les nouveaux moyens techniques et technologiques exploitables par les keufs et la répression ciblée de la petite délinquance répétée.

D’un côté, on trouve tout un tas d’articles visant à faciliter le travail des flics : simplification des procédures d’alimentation des fichiers de police et légalisation de leur recoupement avec ceux privés et sociaux (banque, CAF, Sécu…), simplification du recours à la surveillance informatique et téléphonique (légalisation de la captation à distance de données informatiques, allongement de la durée légale d’interceptions téléphoniques, allongement de la durée de conservation de ces données…), extension du recours à la vidéo-surveillance comme preuve, protection des agents du renseignement qui leur offre une totale impunité et favorise l’utilisation du témoignage sous X (un témoignage de condé) comme élément à charge dans une procédure.

D’un autre côté, le principe est de faire entrer dans le champs juridique de plus en plus d’infractions et de durcir les peines des actes de débrouille, bidouille, système D: délinquance routière, vente à la sauvette, « fraude » aux allocations sociales, cybercriminalité, squat, vols… jusqu’à la création de nouvelles peines pour les parents de mineurs indisciplinés qui auraient par exemple rompu leur « contrat de responsabilité parentale » en laissant traîner leur progéniture après les horaires du couvre feu individuel imposé par le Préfet.

Ces nouvelles mesures disciplinaires et coercitives s’inscrivent dans la droite lignée des politiques sécuritaires mises en oeuvre ces dernières années à travers un arsenal de lois et de décrets législatifs (LSQ, LSI, Lois Perben, LOPSI1). Si la LOPPSI2 est indéniablement un bon moyen de réprimer les galériens adeptes du système D, ce qui est en jeu derrière cette énième loi, c’est une anticipation et une adaptation des politiques de «sécurité» aux troubles sociaux que ne manqueront pas de provoquer les mesures d’austérité mises en place par les Etats européens. La répression comme outil adéquat à la gestion de la population, en ces temps de crispation des inégalités du système. Triste programme qui ne risque pas de s’arrêter en si bon chemin, quand bien même la LOPPSI serait abrogée.

Alors pourquoi lutter contre une énième loi alors que nous savons que toutes les lois sont à détruire pour mettre fin aux systèmes d’exploitation et de domination ?

La situation de guerre sociale, volontairement durcie par l’Etat, voit surgir des résistances diffuses à travers le monde. La Tunisie, l’Egypte, et plus largement le « monde arabe », montrent que des possibilités de révolte existent. La peur distillée et l’isolement de chacun sont des barrières à l’extension de nos luttes. La seule force capable de contrer l’avancée de la domination et de l’exploitation repose sur nos capacités à nous solidariser, à entrer en lutte et à unir nos combats dans l’auto-organisation. La base de notre force réside dans la mise en commun de nos envies, de nos moyens et de nos perspectives…que nous entendons bien mettre en pratique ensemble !

Des ennemi-es de l’intérieur
contact: loppsiontaura@hotmail.fr

1- Un exemple : Alain Bauer, conseiller de Sarkozy, responsable de l’Observatoire National de la Délinquance, propagandiste du thème de l’ « insécurité », est aussi chef d’entreprises dans la vidéosurveillance, l’expertise en sécurité et les agences de vigiles. Plus on parle d’insécurité, plus ça fait du fric !
2- A ces nouveaux adjoints civils, les flics peuvent aussi compter sur le renfort des militaires (le maintien de l’ordre dans les frontières nationales fait partie de leur mission depuis le sommet de l’OTAN de 2009). Hacène Belmessous, dans son ouvrage « Opération banlieues » (2010), note que 10000 militaires sont prêts à être envoyés en banlieues à tout moment.


Source : Revue Anarchiste Caennaise Apériodique

Brasero n°01 – http://ablogm.com/brasero

 
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Expulsions de squats à répétition sur Caen

Début janvier, le squat « Les mille dioux » était expulsé quelques heures après avoir été rendu public. Brigade d’intervention, BAC, RG, ont embarqué les huit personnes qui étaient à l’intérieur, qui subiront un rappel à la loi. Cette expulsion était encore une fois illégale, puisque le lieu était occupé depuis plus de 48H. C’est une situation qui se banalise à Caen, la Préfecture, les flics, les politiques, les bailleurs sociaux et les proprios s’entendant très bien pour faire cesser toute expérimentation sociale antiautoritaire, et tout ce qui pourrait mettre un grain de sable dans le meilleur des mondes de la spéculation. La loi LOPPSI 2 ne devrait rien arranger (procédures d’expulsion facilitées et pouvant se faire sans décision de justice), venant légaliser des pratiques déjà en cours. Un autre squat a été expulsé peu de temps après, à grand renfort de CRS et de chiens renifleurs. Reste le squat « La vie là », 22 porte millet à Caen, qui propose diverses activités et ateliers. Celui-ci tient bon depuis le 23 novembre, même s’il est lui aussi menacé d’expulsion.

Le squat politique « Les 1000 DIOUX » expulsé !!!

« L’accès au logement pour chacun est un droit reconnu dans notre Constitution depuis 1946 et dans la loi depuis 1982, mais qui est encore bien trop souvent inappliqué. C’est pourquoi, tant à Caen qu’à Caen la mer, nous en avons fait notre première priorité. La relance de la construction de logements, le développement d’outils d’aide à l’accession à la propriété ou à la location, la rénovation des logements dégradés sont autant de leviers sur lesquels nous agissons aujourd’hui pour permettre à chacun de trouver un logement conforme à ses attentes. »

Philippe Duron, Maire de Caen, Expulseur de squats

A 17H00, le squat politique « Les 1000 Dioux » a été expulsé. Rendu public le matin même, ce lieu était occupé depuis le 1er janvier. Cette expulsion est donc complètement illégale (une fois de plus) au vu de l’article 432.8 du code pénal, et du délai de 48h d’occupation pour être inexpulsable, à moins d’une procédure au Tribunal d’Instance. Alors que ce hangar était vide depuis des années (environ 5 ans), cette expulsion est bien entendue POLITIQUE, le propriétaire n’ayant aucun projet sur ce lieu. Ce dernier utilisait ce hangar pour une entreprise familiale d’électricité « Daligault », avant de déménager à Carpiquet il y a quelques années. Cette entreprise est en très bonne santé : 154 000 euros de capital social, de 2,18 millions d’euros en 2006 à 2,6 millions d’euros en 2009 de chiffre d’affaire (et de 46 à 38 salarié-e-s !). Ce bâtiment est donc laissé vacant pour nourrir la spéculation immobilière, alors que des gens sont à la rue et que nous sommes en pleine période d’hiver. Il est clair que, comme d’habitude, des expériences collectives dissidentes sont prises pour cible par le pouvoir, bailleurs sociaux, préfecture et mairie main dans la main. 8 personnes ont été arrêtées et subiront un rappel à la loi. Rappelons que le Pavillon Noir, squat politique, a été expulsé cet été par la Marie « socialiste »-gauche plurielle. Calvados et Caen Habitat (deux des plus gros propriétaires de logements vides de la ville de Caen) ont expulsé plusieurs squats d’habitation en 2010 et ce de manière illégale, tout comme Caen la Mer qui en a expulsé au moins un dans le courant de l’année.

Pourquoi occupons-nous ? Pour y expérimenter collectivement des formes de rapports plus libres et plus égalitaires, pour imaginer d’autres manières de vivre non marchandes et sans hiérarchies. C’est notre façon d’être vivantEs dans un monde mortifère. C’est aussi pour ouvrir des espaces et créer des moments de coordination, de rencontres pour nous organiser, prendre part aux luttes sociales et pour avoir un point d’appui à nos révoltes que nous avons décidé d’occuper. Ce lieu était aussi le logement de plusieurs personnes : alors que les loyers augmentent de plus en plus, comme la précarité, il est bien légitime d’habiter les logements laissés vacants.

En effet, l’INSEE recense pour la ville de Caen en 2007 plus de 3000 logements vides, soit 5,3 % du parc immobilier. Les loyers sont exorbitants, obtenir un logement social (souvent cher et réservé aux classes moyennes) relève du parcours du combattant. C’est aussi une facette de la guerre aux pauvres.

ENCORE UNE FOIS, TOUTE VOIE DISSIDENTE SUBIT LA REPRESSION D’UN POUVOIR TOUJOURS PLUS ELOIGNE DE NOS ASPIRATIONS.

Le système capitaliste va dans le mur ; les capitalistes veulent nous y entraîner avec lui !

Comme d’habitude ici, mais aussi partout ailleurs, tout ce qui relève d’une volonté collective de s’opposer au bon ordre social et de créer de nouvelles façons de vivre est brisé. Dernièrement, la loi LOPPSI 2 sur la sécurité intérieure renforce le flicage et la domestication quotidienne de toute une partie de la population et s’en prend à tout mode de vie jugé déviant. L’arsenal judiciaire, pénal et répressif est largement renforcé et vient s’ajouter à toutes les pratiques et procédures contre les insoumisEs et les pauvres. Cette loi s’inscrit dans un contexte de politiques et pratiques largement xénophobes et sécuritaires : expulsions massives de sans-papiers, de Roms, gens du voyage, sans oublier la nouvelle loi Besson, la cinquième loi en sept ans, qui vient renforcer un dispositif français anti-migratoire déjà très bien avancé.

D’ores et déjà, nous allons organiser la riposte ! Des actions vont avoir lieu ; d’autres expérimentations sociales comme celle-ci continuent et recommenceront. Parce que nous n’en avons pas fini avec ce qui détruit nos vies, vous n’avez pas fini d’entendre parler de nous. Rien n’est fini, mais tout commence…

SOLIDARITE CONTRE TOUTES LES EXPULSIONS ! GUERRE SOCIALE !!

Le collectif « Les 1000 Dioux » (en exil).
la_mauvaise_herbe@no-log.org

 

Source : Revue Anarchiste Caennaise Apériodique – Brasero n°01 – http://ablogm.com/brasero

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