D’après les quelques choses que j’ai pu comprendre lors de ma modeste expérience de réflexion critique dans les sciences sociales, le comportement clé de la société moderne, du capitalisme, est l’accumulation.
L’accumulation de capital. De terres, de monnaie, de forces coercitives, et, grande nouveauté, du capital social avec les nouveaux « réseaux sociaux » virtuels de type Facebook, et sa conception comptable de l’amitié.
Des sociétés ne connaissent pas l’accumulation. Ce sont celles dont le modèle d’économie politique ne repose pas sur le surtravail, le profit, la rente ou la croissance (qu’on appelle de plus en plus « développement »). On les appelles « sociétés primitives », car « peu développées » (évidemment). C’est celles d’Afrique précoloniale ou d’Amazonie par exemple. Là où les espaces et les ressources naturelles sont limités.
Alors voilà, nous sommes aujourd’hui dans une ville du XXIème siècle, nous avons toujours connu l’accumulation, nous l’avons intégré et placé au sommet des échelles de valeur.
L’agriculteur qui accumule les terres est puissant.
L’actionnaire qui entasse les dividendes a indéniablement réussi sa vie.
La lycéenne qui a 649 amis sur Facebook est éloignée de l’isolement.
Même le syndicaliste (parfois critique) s’enorgueillit intérieurement de l’immense réseau social militant dans lequel il s’intègre, ça le rassure, il n’est pas seul.
J’irai même jusqu’à dire que la communauté libertaire de Caen partage un capital social et culturel indéniable ; le néophyte pour s’intégrer ayant à lire (Makhno, Clastres, Coupat, …) et étendre beaucoup ses relations pour être intégré, connu et reconnu.
Et même si dans ces réseaux le nouveau ne connaîtra pas vraiment de brimades, il les craindra d’abord.
Aussi ai-je commencé par supprimer mon Facebook.
CAPITAL SOCIAL
Facebook, j’avais commencé avant tout le monde, fin 2007. Quand je m’y suis inscrit, je ne connaissais dessus que 5 Grecques et 1 Chypriote. J’ai même poussé un ami d’enfance à avoir un compte (en l’ayant stigmatisé « Haaaan t’as pas Facebook »), arguant que ce serait le MSN de demain.
Et puis, je suis allé jusqu’à 125 amis, en faisant la purge de temps en temps, et en ayant quand même une certaine mesure sur les invitations.
C’était tout bien. Je tapais des articles (appréciés), j’écrivais des commentaires piquants, je postais des photos de Grèce et d’ailleurs. Je regardais ce que faisaient les autres.
Après quelques temps, je me suis demandé comment un si gros truc pouvait tourner sans même donner l’illusion d’un pris pour un rendu, d’un donné pour un retourné. Tout ça gratuit, tout était beau. Il n’y avais que la barrière linguistiques, qu’en bon maniaco-dépressif polyglotte j’avais repoussé assez loin. Je pouvais ajouter n’importe qui du fin fond de la banlieue d’Ankara, le paysan de la brousse sénégalaise, tout le monde presque.
Une ou deux personnes que je n’ai jamais vus physiquement sont devenus pour moi des gens de confiance avec qui j’ai des liens depuis plusieurs années déjà.
J’ai arrêté :
- pour la dimension « accumulation » du capital social (il est des choses qui ne se comptent pas pour moi).
- pour le problème posé par la propriété intellectuelle (du statut à la photo, tout appartient à Facebook)
- parce que la vie des autres, je m’en fous, et puis ils font pas attention, il a beaucoup de choses que j’aurais préféré ne pas savoir.
- sans parler des usages malveillants d’espionnages par des DRH et autres sbires d’oppression.
Mais j’ai repris. Un faux compte vide, où j’ai rajouté celles et ceux qui m’ont fait la crise ou des personnes qui comptent pour moi, mais dont je sais que sans Facebook, je pourrais les perdre de vue pour longtemps.
J’ai réduit à une grosse douzaine, en poussant au paroxysme les paramètres de sécurité et en censurant sur ma page d’accueil tout le monde, de façon à ne voir que l’information que je demande.
Ca fait déjà quasiment 6 mois que j’ai totalement arrêté, sans regrets. J’irai bien jusqu’à circonscrire mon existence numérique jusqu’au bout en me passant de mon adresse Hotmail et en supprimant définitivement Facebook. Ou, du moins, en limiter les usages au strict nécessaire.
CAPITAL ECONOMIQUE
Même principe.
Je ne possède pas grand chose. Mon objet de plus grande valeur est mon ordinateur, une meule bricolée offerte par mes parents le 7 juin 2007. Viennent ensuite une quantité respectueuse de livres de langues étrangères et de socio, au total près de 300 ouvrages.
Les vêtemens j’en ai pas des masses, j’ai une paire de pompes pour tous les jours, une pour la marche, des bottes. J’ai aussi un fauteuil, deux casseroles, un bol, deux tasses, un cactus, une lampe, une calculatrice, un sac à dos, un sac de voyage…
Bon, déjà j’ai pas grand chose. J’aimerais aller jusqu’au bout de la démarche : en avoir le moins possible, ou alors avoir l’usage d’objets sans en avoir la propriété ou un sentiment d’attachement.
Par exemple, la casserole, je peux la laisser derrière moi sans regrets si je dois partir.
Mes livres, s’ils sont à la BU, pourquoi les garder ?
etc.
Des Américains se sont lancés dans un pari assez cinglé dans leur pays : ne vivre qu’avec 100 objets.
[accent du sud-ouest] : Eh bé putaing, pourquoi pas, cong !
1 Ordinateur-chargeur
2 Trousse
3 Sac à dos
4 Cahier
5 Grand sac à dos avec sa housse
6 4 paires de chaussettes
7 4 caleçons
8 4 ticheurtes
9 4 chemises
10 2 pantalons et une ceinture
11 Brosse à dents dentifrice
12 Rasoir blaireau savon
13 Médicaments divers
14 Paire de chaussures de ville
15 Paire de chaussures de marche/neige/forêt
16 Paire de bottes (indispensable au géographe)
17 Un drap de bain
18 2 shorts
19 Couverture
20 Drap
21 Téléphone et chargeur
22 Casserole
23 3 cuillers (1 grande)
24 2 couteaux
25 2 fourchettes
26 etc.