En retard…

juillet 29th, 2010 by lesechosdusafari

On est en retard, il est sorti depuis quelques temps mais voici la version téléchargeable du numéro 4

http://ablogm.com/lesechosdusafari/files/net.pdf

Sommaire :

Actualités caennaises
Lutte des chomeurs et précaires
Le libéralisme existentiel
Père Castor…
Elucubrations révolutionnaires
Ceci n’est pas un appel à la grève
Les aventures de la mort quotidienne

Elucubrations Révolutionnaires

mai 13th, 2010 by lesechosdusafari

Mai 2010.
A nos compagnon-nes grec-ques.

Nous partons presque de rien. Tout semble à faire. Le 20ème siècle, le plus meurtrier et de loin, est paradoxalement le siècle de la pacification sociale et de la dissolution des classes (pacification à laquelle répond la militarisation de la police et de l’espace public et les guerres incessantes). Le mouvement ouvrier n’a cessé de s’affaiblir, les paysans ont disparu dans les pays les plus riches économiquement et sont en train de crever dans les pays les plus pauvres, et les révolutions manquées du Mexique, de Russie, d’Allemagne, d’Ukraine, d’Espagne qui ont entériné la victoire du capitalisme, qu’il soit libéral ou d’Etat, sur l’ensemble de la planète, semblent bien loin. Les révoltes anti-coloniales et celles des années 1960/1970, apparaissent comme des exceptions. Elles n’ont jamais été capables de mettre durablement en danger l’ordre du vieux monde de plus en plus globalisé. En France, le 19ème avait ses journées de juin 1848 puis sa Commune de Paris. Le 20ème se termine avec les grèves de 1995 et leurs penchants socialo-bourdieusiens. D’un côté une révolution associationniste avec son bouillonnement de démocratie directe et ses barricades armées, où la libre association doit conduire à terme à la disparition de l’Etat remplacé par des fédérations égalitaires de travailleurs organisés de manière autogestionnaire ou/et d’habitants de communes libres, en Europe puis dans le monde, de l’autre un mouvement défensif qui fait appel à un Etat redistributeur mystifié (comme si les esclaves prêtaient allégeance à leurs maîtres tout en se révoltant).

Malgré l’incapacité d’approcher d’une grève générale, les années 2000 semblent renouer avec une conflictualité nouvelle – mais souvent très catégorielle ou relevant du groupe minoritaire agissant, les deux soulevant l’indignation de la population passive (passive sauf pour gueuler contre les « preneurs d’otages » et autres briseurs du rythme mécanique et routinier de l’ordre capitaliste) –. Cette conflictualité, on la trouve aussi bien dans les marges exclues, que ce soient les banlieues, les bidonvilles, les indigènes ou les pays de la misère et leur lot d’ « émeutes de la faim », que dans des franges plus classiques des travailleurs ou chez une jeunesse qui fait de l’émeute un outil politique de premier ordre. Les pays les plus riches se débarrassent de leurs dernières couches de service public et des fonctionnaires qui l’accompagnent, sapant les bases du compromis fordiste tout en enfonçant le clou du chômage structurel de masse (un taux réel au-delà des 10%) et de la précarité qui l’accompagne (l’emploi est de plus en plus du bricolage de sous-emploi) ; les périphéries quant à elles s’enfoncent dans des guerres civiles, des famines, l’exil, la survie dans les bidonvilles etc. Et la crise sert de mobile pour accélérer la restructuration du capitalisme qui a trouvé son projet aguicheur : le capitalisme vert, qui transforme les désastres en formidables opportunités de croissance. Certes, presque personne ne tombe dans le panneau sur le côté enchanteur d’un tel réaménagement, dont les promoteurs se trouvent bien obligés d’avouer que ça ne se fera pas sans mal ni sans sacrifices (pour qui ?).

Les travailleurs encore mobilisés dans les pays les plus riches ne font que traduire les derniers soubresauts d’une économie en déclin. C’est un monde en décomposition où tout se délite que nous avons sous les yeux, où l’on veut faire signer une charte citoyenne aux nouveaux majeurs comme pour mieux signifier que plus personne n’adhère véritablement aux mythes fédérateurs qui ont constitué ce monde. Pour autant, la Machine continue de tourner. L’absence de perspectives tue chaque jour un peu plus. Parce que ce que le Système a réussi de mieux, c’est de s’incorporer en chacun de nous, de s’être rendu « naturel » et « nécessaire » dans les esprits (avant d’être devenu nécessaire matériellement), tout en ayant mis de son côté une foule de gadgets et de procédures répressifs. Ce qui fait que se tourner dans une démarche radicale et révolutionnaire, pour une vie quotidienne plus libre et plus humaine, ni administrée ni marchandisée, ne peut se concevoir que comme un long processus à la fois individuel et collectif ; comme une construction complexe qui vient combler le vide que laisse ce système (qu’il s’effondre de lui-même ou pas, finalement peu importe : si rien ne vient combler le vide qu’il laisse derrière lui, il continuera de fonctionner justement à vide).

Des mouvements d’inspirations anti-autoritaires, anarchistes et autonomes semblent se reformer un peu partout, et se mettre en capacité de lancer quelques pistes de coordination futures. C’est tout particulièrement le cas en Grèce, en Allemagne, en Belgique. L’Amérique n’est pas en reste, que ce soit au Chiapas ou à Oaxaca, au Chili ou au Pérou. Pour autant, nous n’avons pas le cul sorti des ronces et on voit mal le capitalisme s’effondrer demain et les personnes s’expurger de toute la merde qu’ils ont incorporé et dans laquelle ils sont embourbés.

En France, le soulèvement plébéien de novembre 2005 s’est suivi de luttes essentiellement universitaires et lycéennes de plus en plus dures – mais aussi de plus en plus isolées – en mars-avril 2006, novembre-décembre 2007, et de janvier à juin en 2009. Les élections de 2007 sont encore plus révélatrices : spontanément, les villes françaises prennent feu le soir et les jours suivants de la mise au pouvoir d’une droite assumée avec un programme férocement libéral et aux accents d’extrême droite. Manifs, séquestrations, menaces d’explosion, résistances au fichage des chômeurs, soutien aux sans-papiers, émeutes, incendies, tags… continuent en ce moment. Divers projets d’assemblées, d’autoproduction, de communes libres, d’échanges alternatifs etc. s’y conjuguent, encore (trop) faiblement.

Mais qu’il est difficile de voir des perspectives révolutionnaires, ou tout simplement de tenir des perspectives révolutionnaires, aujourd’hui. Surtout, et c’est bien l’étrangeté de l’époque, dans les luttes sociales (l’aventure de l’histoire, de l’invention humaine et vivante ferait-elle peur ?). Mis à part la forme assembléiste et la radicalisation des modes d’action, ce qui est déjà quelque chose d’important, l’idée d’un renversement pour autre chose a du mal à trouver écho. Souvent, il est même difficile de sortir d’un étatisme forcené et des litanies habituelles sur les moyens et les services publics. Qu’il y ait des besoins communisables est une évidence, mais la réponse étatique n’a pas de sens puisque l’Etat fait partie intégrante de ce qui est combattu – et est même l’adversaire direct à travers ses préfets et ses flics. A côté de résistances très concrètes et souvent de débrouilles, les questions et les pratiques devraient être sur les manières de se constituer des espaces-temps autonomes de plus en plus larges et durables. D’où il serait possible de s’élancer vers des interrogations plus osées encore, par exemple : quelle éducation ou/et instruction voulons-nous et comment se met-elle en place ? Comment mettre en place une nouvelle organisation sociale où tout le monde a prise avec les décisions qui vont avoir un impact sur son existence ? Quelle forme peut-elle avoir, et comment se prémunir face à la résurgence incessante du pouvoir et autres dérives ? Comment sortir du travail social et de l’employabilité pour retrouver des activités vernaculaires, plus collectives et moins chronophages ? De quoi avons-nous besoin, ou plutôt que désirons-nous, et comment y répondre ? Que faire de la pollution et des technologies nuisibles mais existantes pour longtemps telles le nucléaire ? Toutes ces questions qui auront au moins le mérite de servir aux révolutionnaires de pacotilles qui promettent aujourd’hui l’Harmonie et le Bonheur demain, alors qu’il n’est question que de liberté en politique (qui est bien sûr liée à la joie de vivre, n’importe quel moderne sait qu’à la dépossession de son existence correspond ses angoisses, et que les moments de joie sont aussi des moments qui ont un côté subversif). Espaces-temps libérés d’où aussi il serait possible de lancer des assauts d’une autre ampleur sur les institutions de l’ordre existant, pour qu’elles finissent par devenir négligeables. Ré-insuffler des possibilités concrètes à court, moyen et long terme, ré-inventer le fédéralisme, l’autonomie et les communes libres, le communisme libertaire…

Depuis les défaites et les véritables révolutions qui ont échoué, les anarchistes et consorts n’ont souvent fait que maintenir une possibilité de changement social. Il est peut-être temps de poser les premiers jalons pour que ce possible devienne effectif. Ca prendra du temps, et ça demande peut-être de changer de temporalité : transformer au mieux et avec lucidité les rapports sociaux ici et maintenant, libérer des espaces-temps et constituer des milieux libres offensifs, vivre différemment en s’outillant sur du long terme (le renversement du pouvoir en place ne rend pas autonome et ne garantit rien de nos capacités à l’autonomie), mettre en place des réseaux de solidarité et d’échange le plus en-dehors possible, multiplier l’agitation sociale au cœur du système, rouiller la Machine, propager et convaincre, se former et devenir autonome sans ne plus faire que se référer à l’autonomie, mais aussi mettre en place l’édifice à long terme – et peut-être sur plusieurs générations : léguer un héritage, une culture en pleine ascension qui ne peut s’accomplir que dans une société autonome et libertaire. Attendre est notre défaite quotidienne, mais envisager la révolution c’est s’engager sur un long chemin sinueux dont nous ne sommes pas sûrs de voir le bout (pas de jalousie à avoir : ceux qui la vivront auront à la continuer). Il n’y a pas d’outils clés en mains. Ce n’est pas la voie la plus facile. Mais il est peut-être temps d’être à la hauteur de la situation contemporaine. Et si aujourd’hui il est difficile de voir un mouvement social d’ampleur approcher, c’est peut-être l’occasion de s’enraciner et de construire les bases solides de nos perspectives révolutionnaires. Si tant est que nous ayons le courage de se vivre comme révolutionnaire.
Vive l’anarchie !

Adresse aux défaitistes,

avril 3rd, 2010 by lesechosdusafari

« il n’y a plus maintenant de beauté et de consolation que dans le regard qui se tourne vers l’horrible, s’y confronte et maintient, avec une conscience entière de la négativité, la possibilité d’un monde meilleur »
ADORNO, Minima Moralia

Ceci n’est pas un appel à la grève
(ou joindre l’inutile au désagréable)

Il n’y a rien à attendre de la journée de grève d’aujourd’hui, nous en avons conscience. A mesure que la société bat de l’aile, l’individualisme se renforce. Les rares moments d’espoir suscités par ces mobilisations se soldent par de funestes cortèges en déroute, où l’on consomme sa grève, où l’on parade tête baissée, où l’on a mal au cœur car on se sait dans l’hypocrisie.
Il n’y a rien à attendre de ces mobilisations car on le sait, tout est joué d’avance : de la mise en place des réformes à la gestion de la contestation par les « partenaires » sociaux (sic).
Je n’en suis plus à lutter contre la réforme des lycées, celles des universités, ou même pour une retraite que je n’aurais surement jamais. Je ne lutte pas pour l’emploi, ni pour plus d’argent. Je lutte pour lutter. Quelle finalité me direz-vous? Celle de remettre en cause l’état de fait de façon permanente. Celle d’appréhender la vie et le rapport à l’autre avec un regard non figé en perpétuel mouvement.
Je fais parti de ce que les médias et le pouvoir s’amusent à appeler la génération C.P.E. Ce « soulèvement massif de la jeunesse » qui a fait trembler pendant plusieurs semaines l’Etat. Ce mouvement instable et auto-organisé qui a poussé les syndicats réformistes, qu’ils soient professionnels ou étudiants à montrer leur vrai visage, celui de la co-gestion. Cette lutte nous l’avons perdu, n’en déplaise à certains. Le C.P.E n’était que le point soulevé par les médias, le reste des revendications étant la plupart du temps passé à la trappe. Pourtant après trois mouvements universitaires, des luttes collectives au sein de l’établissement où je bosse, et toutes autres sortes de combats, je suis encore là, un goût amer de défaite au fond de la gorge mais un esprit de révolte au fond de mon cœur.
Ces relents d’échecs et de fatalité me reviennent tous les jours, à chaque matin où mon réveil sonne le glas d’une journée perdue à « gagner ma vie », alors qu’au fond les rares moments réellement vécus ont été pour moi des moments de luttes et de remises en questions, c’est pourquoi j’ai décidé de me déclarer en lutte quotidienne. Parce que l’attente d’un quelconque effondrement ou mouvement de masse est avant tout notre défaite quotidienne.
Il ne s’agit pas d’une figure de style pour me faire mousser, pour me sentir plus engagé, plus radical que d’autres, mais d’une façon de se sentir vivant et de refuser l’échec. C’est une façon de combattre la routine de la grève mensuelle ou trimestrielle ( novembre, janvier, mars mai, les dates se ressemblent mais rien ne change), de m’opposer systématiquement à la marchandise et au monde qu’elle a engendré. Cette démarche n’est pas qu’un discours écrit à la va vite pendant ma pause. C’est un mode de vie. Je n’attends pas grand chose des journées de grèves syndicales, ni même des élections, qui plongent les individus dans leur rôle de spectateur s’activant un jour de temps en temps pour la réappropriation du politique. Je ne souhaite plus participer à ces jeux de dupes, où l’on ne peut espérer qu’un ralentissement mou de la machine destructrice qu’est le libéralisme.
Mais vivre cela seul est sans intérêt, il s’agit de s’opposer collectivement à ce monde que l’on nous prépare depuis des années, en s’organisant par nous-mêmes, et s’il doit y avoir une première étape ce sera le refus sans concessions, la seconde sera la révolte.
Si on me répond que je suis utopiste, ou mieux encore que je suis jeune, j’ajouterai qu’il ne tient qu’à vous de vous sentir déjà mort, puisqu’on est jeune par sa révolte et non par l’age.
Aujourd’hui je ne suis pas allé travailler je suis gréviste. Pas pour protéger les retraites, mais pour récupérer une journée volée par le travail et tenter de construire quelque chose qui s’éteint à mesure que la fatalité ne cesse de croître, une volonté de changement, un esprit de révolte, une colère noire.

Ceci n’est donc pas un appel à la grève, mais un appel à sortir de la mort qui nous gouverne.
Que crève ce monde et vive la Commune!
Solidarité avec les compañeros-ras grec-que-s

Un mouton devenu loup.

Système autonome et Grand complot

janvier 10th, 2010 by admin

Système autonome et Grand Complot

« Il est vrai qu’il est plus simple de supprimer les capitalistes que le capital, et la magie monétaire dont il est le produit. » Bernard Charbonneau, Il court, il court le fric…

Le Système s’impose aussi bien à ceux qui portent son projet qu’aux autres (peut-être même davantage, et eux n’ont pas l’agréable joie de la désobéissance qui permet un tant soit peu d’être en accord avec soi-même). Le politicien s’assure que le jeu est respecté, peut tout au plus en modifier la forme. En aucun cas il ne peut en changer les règles. Sa raison d’être est même de les faire respecter. De fait, couper des têtes ne pourrait suffire à transformer radicalement les choses. Evidemment, voter encore moins.

Le monde moderne et capitaliste n’est donc pas la matérialisation d’un Grand Complot. Bien plutôt un hydre autonome qui dévore tout. Absolument tout, même la critique, parce que le capitalisme contient en lui-même sa propre finalité et trouve ainsi sa justification dans les croyances qui le portent et les critiques dont il fait l’objet, se réinventant sans cesse, même au prix d’une auto-limitation (il n’y a qu’à voir dans quelle désuétude est tombée la critique la plus radicale de l’Empire au 20ème, à savoir la critique écologiste et non progressiste). Si ce n’est qu’il ne tombe pas du ciel. Qu’il est porté par des acteurs, qui comme tout acteur font l’histoire sans savoir exactement l’histoire qu’ils font. Et c’est justement parce que l’histoire est faite par chacun d’entre nous que nous pouvons changer collectivement les choses. D’ailleurs, la ré-humanisation de cette « société » inhumaine et déshumanisante passe dans l’acquisition de la certitude que toute situation n’est pas le produit de la chance ou du hasard, mais avant-tout de ce que nous faisons.

Michéa, à la suite d’Orwell ou de Lasch entre autres, a raison quand il insinue que les sociétés modernes et capitalistes sont l’accomplissement logique d’un projet porté par les élites bourgeoises, des « experts » aux entrepreneurs, des chiens de ces derniers aux politiciens. La propagande et la manipulation, ça existe ! Chomsky par exemple l’a bien montré. Et nous avons un agité en France qui passe son temps à nous en convaincre (je ne peux pas croire qu’il espère honnêtement que « cela passe ». Si ?). Il y a quelque chose de délibéré. Mais pas seulement. Parce que personne n’a la main-mise sur l’Empire, processus réel en plus d’un projet originellement pas si volontairement machiavélique que cela. Voilà tout le problème : si le retournement copernicien (plutôt galiléen d’ailleurs), la Réforme et la découverte du Nouveau-Monde entre autres ont créé les conditions de l’avènement de la Zivilisation, l’impulsion découle de discours et de décisions prônant et amenant le nouvel ordre social (des idées libérales aux révolutions) qui permettra de quitter cette vaste fumisterie de l’état de nature (hobbesien).

Système autonome qui dépasse les individus, certes, mais qui dépend de l’action humaine. Nombre d’entre eux ont choisi depuis longtemps entre l’égalité et le profit, entre la liberté et la sécurité (surtout de quelques uns), entre la dignité et la croissance. Certains parce qu’ils sont encore bercés par les douces idéologies d’antan, d’autres par cynisme et ambition. Et ils se préparent, avec un temps d’avance, toujours, pour affronter les hordes qui refuseraient de jouer le jeu (d’ailleurs, les mesures sécuritaires délirantes des « sociétés occidentales » devrait nous renseigner sur la sincérité de leurs discours « rupturistes »). D’où l’idée de « substruction » chère à l’auteur de bolo’bolo et qui a inspiré ma propre trilogie « pratiques subversives » (émeutes, grèves, festivités etc.), « constructions alternatives » (autosuffisance, communautés, associations etc.) et « résistances ordinaires ». Combattre (quand c’est possible) tout en existant autrement (chaque jour ou presque). Multiplier les révoltes et devenir un résistant tout en menant une révolution (politique et intérieure –spirituelle).

Pour autant, le capitalisme en tant que système présente l’avantage de connaître des hauts et des bas. Il est vrai que depuis les années 1970, il est entré dans une nouvelle phase (certains indicateurs le montrent : montée du suicide des jeunes, apparition de l’addiction sous diverses formes, passage de l’accumulation par l’épargne à l’accumulation par la dépense –consumérisme-, la financiarisation qui accompagne la fin de l’étalon-or et la tertiarisation du capitalisme, le mouvement hippie porteur de tous les espoirs auquel va succéder le mouvement punk et son « no future » qui annonce le désespoir et l’ennui ambiants, chômage de masse, crise du pétrole en 1972, apparition des inquiétudes écologistes en lien avec le regard extérieur porté sur la Terre avec les missions spatiales, diffusion de l’idéologie mêlant autoritarisme et libéralisme économique teinté de néo-colonialisme dénommée « néo-libérale » etc.). Et il est aussi vrai qu’on peut y voir apparaître sa limite historique, les possibilités de son propre effondrement. Oui, mais voilà, ce ne sont que des possibles : rien ne nous garantit sur ce qu’il adviendra (d’ores et déjà l’écologisme ambiant, y compris chez les « décroissants », laisse présager une redéfinition des rôles sans modifier le cadre, un réaménagement bureaucratique et technoscientifique). C’est pourquoi, comme le disent les auteurs (malgré eux apparemment) de L’insurrection qui vient, il faut en faire une décision. Dépasser la crise (de la crise perpétuelle du « progrès ») dépend de l’action humaine. Reste : le travail tend à diminuer (ce qui ne le rend pas plus agréable ni moins obligatoire) par rapport au capital. La bulle financière quant à elle s’apprête à exploser à tout moment. Il est de plus en plus difficile de maintenir les illusions modernistes par le compromis fordiste (accès à la consommation et à un certain bien-être matériel). Le réchauffement climatique commence à causer de sérieux dégâts, comme les diverses pollutions. Faut-il y voir des perspectives alléchantes ? Nous verrons bien…

Aujourd’hui, il convient bien de voir la modernité capitaliste comme une étape passagère dans l’histoire de l’humanité (et non son aboutissement). De la voir comme une tradition (au sens de la socio-anthropologie), c’est-à-dire extérieure à soi, dans laquelle nous ne sommes plus imbriqués. Avec le regard d’un ethnologue arrivant chez des « sauvages ». Et ainsi pouvoir critiquer le travail-marchandise, la valeur et le rapport utilitaire-marchand, le sujet aliéné, l’essence du capitalisme jusqu’à présent occulte (sauf pour quelques esprits brillants, dont Marx n’était pas le moindre –en revanche les marxistes, si). Sans jamais rester dans une fascination du désastre qui ressemble trop à un enracinement en Babylone ou/et à un désir de puissance, même quant il se veut délire esthétique post-moderniste. Ce genre de travaux et d’expérimentations ont commencé partout, mais sont pourtant encore à l’état embryonnaire (pour les travaux intellectuels, je pourrais citer le travail sur le don par le MAUSS, ou sur la valeur par Jappe, et les réflexions qui entourent la revue naissante Sortir de l’économie). Il nous faut définir des manières de faire, ouvrir des brèches. S’aventurer à créer des nouveaux possibles au son de « ya se mira el horizonte ». L’avenir pourrait être radieux.

Mais ce qui découle du fait que le Système soit processus en plus de projet, c’est qu’il ne suffit pas de le critiquer sur ses abus, certes en grand nombre, sur l’intolérable qui saute aux yeux (de plus en plus myopes) : elle doit aussi porter avec lucidité sur les gestes et les plaisirs quotidiens dans lesquels nous sommes pris. Dépasser symboliquement et psychiquement (« décoloniser l’imaginaire », selon la formule de Latouche), autant que matériellement, la modernité capitaliste. Essayer. Se risquer à réussir. Soit, j’ai moi-même beau faire la leçon au « bobo » (comme on dit maintenant) bouffant bio et cher, multipliant les dons (de charité), faisant de l’éco-tourisme authentique à chaque vacance, fier de payer ses taxes brevetées « écolo » et adepte du « si chacun fait un peu, tout se passera bien » (pour combien de temps ?) tout en continuant de voter et de porter haut les valeurs du travail-marchandise comme du développement, j’écris ces pages sur un ordinateur alimenté au nucléaire en buvant un café bio au design aguicheur pendant la pause déjeuner de mon taf, auquel il m’arrive parfois d’aller en voiture. Je peux pourtant affirmer sans prétention n’être plus guère fasciné par Babylone, et être de plus en plus éloigné concrètement d’elle, la regardant comme une bête étrange… qui fait partie intégrante de moi, et inversement. Il n’y a pas de « pureté » révolutionnaire. Que des compromis à atténuer. Et je n’ai pas envie d’être un ascète, ni de céder à la « tentation sacrificielle » -autre manifestation de Narcisse- à laquelle j’ai pourtant été tenté, séduit par la « vie » romanesque et nomade d’un guérillero outrageusement indépendant… mais bien seul.

Il nous faut être lucide, collectivement, et sans cesse sincère chacun avec soi-même. Poétiser ses désirs, aujourd’hui transformés et domestiqués en besoins. Retrouver l’existence brute que l’économie fragmente et (sur)médiatise (on peut parler d’opacité de la vie, par la bureaucratie, la division du travail, les techno-sciences, la marchandise, la finance etc.). Parce que voilà où le bas blesse : l’économie nous prive de notre action comme mouvement interne qui nous permet de nous approprier le monde qui nous entoure, de cette expérience originelle fondamentale. De tous nos rapports sociaux également, implacablement « marchandisés ». Mais cela veut dire aussi qu’elle repose dessus, détournant l’existence pour la mettre à son service. Elle n’est plus seulement représentation instituée, mais aussi envoûtement qui nous gangrène de l’intérieur. Dans nos habitudes, dans nos plaisirs. Parce qu’on en tire aussi bien des avantages. Tout le Système est-il bon à jeter ? Assurément, non. Peut-on en garder sans risquer de ne jamais changer le jeu ? Peu probable. La Révolution poétique qui s’annonce, politique bien sûr (anti-politique puisque contre le système politique, politique dans le sens de l’appropriation collective de l’histoire), culturelle aussi si elle veut s’inscrire dans la vie ordinaire (et elle le doit, comme l’ont bien compris les situationnistes), mais aussi spirituelle, parce qu’en chacun de nous, devra répondre à toutes ces questions. Autant par les discours que dans les actes. Apprendre, imaginer et faire. Et le succès dépendra pour beaucoup de notre habileté à se méfier de nous-mêmes.

Quelque part dans une faille babylonienne. 2008

Arjuna

Le Travail, l’essentiel à abattre

janvier 10th, 2010 by admin

Dossier d’une vingtaine de pages sur le travail.
Ne travaillez jamais!
téléchargement : http://www.anartoka.com/subversite/download.php?id=8

numéro 3

janvier 9th, 2010 by admin

Nouveau numéro des Echos du Safari
disponible de la main à la main, au Bar de la Fac, au Pavillon Noir, à la Librairie de l’université
Pour tout envoi postal,écrivez nous lesechosdusafari@riseup.net
(le numéro sera bien sur en ligne très rapidement, j’ai quelques galères informatique)

PRIX LIBRE, 20 PAGES

Sommaire :
Edito : C’est (re)parti
Brèves
tract du MCPL
Nous sommes du les charbons
Sur les positions safaristes
Nous voulons une révolution
Ville, pouvoir, économie
Sur les interventions médiatiques
Désertons la terreur sanitaire
On a le baril de poudreuse…
Unef-rad

Il sera bientôt mis en ligne sur le site

numéro 2

janvier 2nd, 2010 by admin

pour télécharger le numéro deux (qui est en fait le quatrième numéro):

http://www.fichier-pdf.fr/2009/11/25/s18n6t9/

edito
brèves
CLIC (interpro) ou CLAQ?
Les aventures de l’interpro à Toulouse
A destination des activistes de la scène punk
Banalyse
Texte sur les mouvements dits « universitaires »
Quand le safari voyage ça déménage
les aventures de la mort quotidienne
unef-rad : pandémie

Hors-série de 40 Pages : L’INTERGALACTIQUE SAFARISTE

janvier 2nd, 2010 by admin

Intergalactique Safariste
Eh oui, il fallait que ça arrive. Dans ces temps de crise, il y avait trop de choses à dire pour se limiter au bulletin habituel, alors pour une fois, nous faisons fi de la gratuité et ce numéro sera prix libre. Trop de choses oui, entre les zèbres qui ont perdus leurs dernières rayures blanches à Strasbourg, les pelles, haches, pioches et truelles qui se sont activées au travail de la terre, les girafes qui sont allées braconner du cul-béni à l’Église Saint-Jean, et le primate qui ne s’est jamais arrêté de se démener afin de faire vivre l’Université destinée à mourir (si elle n’est pas déjà morte). Oui ce fut un mois éreintant, et encore cette liste est loin d’être exhaustive…Mais le CLIC reste actif (toujours des AG). Par ailleurs, la lutte d´edf-gdf à Caen a été intéressante à plus d´un titre : plus de dix semaines de grève générale, organisée en AG (une chaque matin), avec des coupures d´électricité de l´hypercentre-ville, de bâtiments publics, de zones commerciales, de l´électricité offerte à des hôpitaux et des cliniques etc. A la fois contre les projets d´externalisation de certains services et les baisses d´effectifs, mais surtout, et c´est cela qui est attrayant, pour gagner quelque chose (des augmentations salariales). Un mouvement national en rupture avec la résignation généralisée surprenant pour un lieu pacifié depuis longtemps. Dommage qu´il se soit si peu ouvert à l´extérieur, malgré des passages en AG intercatégoriel, aux piquets de grève de Valeo.

Et n’oublions pas les quelques actions anti-nucléaire prévues pour dénoncer le simulacre de démocratie qu’est l’enquête publique concernant le tracé des lignes THT au départ du futur EPR (cf. brèves). Se tient également un camp NO BORDER à Calais du 23 au 29 juin.
La répression elle aussi commence dans nos plaines, tandis que d’autres échos nous murmurent qu’elle continue à s’acharner sur nos camarades de la Taïga. Mais non, nous n’entrerons pas dans leurs cages! Et leurs cages ne suffiront pas !

Nous avions commencé ce bulletin suite à un regain d’espoir et d’optimisme survenu au lendemain du 29 Janvier. L’ébullition suscitée par cette journée laissait entrevoir un possible, nous donnant envie d’écrire et de publier nos textes. Seulement, la tension et la motivation sont rapidement retombées… L’Université, nouvelle Oasis, à son tour a illuminé le Safari. Mais aujourd’hui, nous sommes dans l’impasse, face à un mur, et l’échelle qui permettrait de le passer est en piteuse état.

Où est passé le Safari?

Il s’est perdu dans un mouvement universitaire ennuyeux, qui a toutefois le mérite de la longueur (et c’est peut-être ça le signe du changement, c’est que beaucoup ne sont plus prêts à lâcher, et ont donc fait de la révolte un passage obligé). Et l’Assemblée Générale inter-catégorielle (ou autonome et populaire) suscite l’espoir pour ça aussi : elle va peut-être remobiliser les forces radicales… Et engager quelque chose sur des années, durable, avec des hauts et des bas, mais qui aura le mérite d’exister. Et qui à tout moment pourra être l’outil d’un grand bouleversement. La perspective d’une Convergence des luttes pointe le bout de son nez, les enseignants de l’Université se sont parfois rendus compte de leurs erreurs stratégiques, et des mots tels que « séquestration », « sabotage », s’immiscent sournoisement dans le vocabulaire de drôle d’animaux en pleine dédomestication. Par ailleurs, des réflexions intéressantes sur des moyens de pérenniser des expériences concrètes de transformation des modes de vie commencent (cantines populaires, local durable, retour à la terre…). Plus que de s’inscrire dans des révoltes attrayantes mais qui restent dans une temporalité de l’immédiateté, des constructions sur du long terme pour changer profondément la culture et la vie quotidienne seront la garantie du retournement du vieux monde.

Ce bulletin, en rupture avec les deux premiers numéros par sa taille, s´est construit déjà parce que nous avions envie d´aller plus loin que quelques textes par ci par là – la situation demande une réponse à la mesure du combat à livrer -. Mais aussi parce que Caen a fait l’objet d’une diffusion médiatique sans précédent qui nous a poussé à décrire et expliquer ce qui s’y est passé, d’où le dossier sur la situation locale. En outre, la guerre sociale est bien sûr mondiale, dès lors nous avons voulu la recontextualiser ainsi dans un dossier “ guerre sociale mondiale ” qui témoigne d’expériences de lutte ailleurs. Et que cette guerre est en cours depuis longtemps, et que peut-être nous ne faisons que retrouver une radicalité disparue dans la pacification du fordisme, d’où le dossier “ textes d´hier, idées d´aujourd´hui ”. Et comme nous sommes incontrôlables – et translucides -, s’enfermer dans ces barrières a été pour nous impossible, donc on s´est octroyé une petite place “ Divers ” pour y traiter d´autres choses. En attendant “ le lendemain émouvant, mais difficile ” – ou plutôt sans l´attendre -

sommaire:

dossier 1: La Commune caennaise
-Brève chronologie du mouvement universitaire de 2009 à Caen
-Ebauche d’un bilan critique de ce mouvement
-Radicalité dans la masse?
-La généralisation du consommateur
-Tract du CLIC (interpro)
-Souvenirs, souvenirs

Brèves

dossier 2: Textes d’autrefois, idées d’aujourd’hui
-La journée des flics
-Quel est le rôle du parti socialiste
-La grève des électeurs
-A propos du suffrage universel
-Affiche élections

dossier 3: Guerre sociale mondiale
-Les Mapuches
-OTAN
-La lutte des prisonniers grecs fin 2008

Divers:
-La fin programmée
-L’insoumission
-UNEF-Rad

numéro 1

janvier 2nd, 2010 by admin

numéro 1
-Dans le marécage (critique du mouvement universitaire caennais)
-Capitalisme et citoyennisme
-Mais au fond, qu’est-ce que vous voulez? (utopie et anarchie)
-La crampe (critique des orgas libertaires)
-L’autonomie? Chiche! (communiqué UNEF-Rad)

Numéro 0

janvier 2nd, 2010 by admin

numéro 0
Depuis quelques temps, on sent monter une vague de créativité et de contestation aux aspirations libertaires sur Caen. Pas seulement libertaires d’ailleurs. La diversité des collectifs, et des thèmes qu’ils abordent, permet de toucher un maximum de monde au-delà d’un noyau aux tendances plutôt anarchistes. Et de créer des liens concrets avec des associatifs, des altermondialistes, des syndicalistes, des je-m’en-foutistes etc.
Cette diversité, ultra(gauchement)-présente au sein même de ce « noyau » bien large, se résume très bien par ce terme soufflé à notre oreille imbibé d’alcool de « SAFARI » (nous tenons à remercier l’auteur) : personne n’est d’accord sur rien, et pourtant tous arrivent à œuvrer ensemble. Et tous se lient d’amitié (au moins de camaraderie), ce qui permet l’activité de petits groupes affinitaires au sein d’un espèce de grand truc innommable mais dont chacun a plus ou moins conscience de faire partie.
Cette diversité est pour nous une richesse, malgré les difficultés inhérentes à une telle situation (ce n’est pas la seule difficulté de la situation caennaise qui est loin d’être idyllique, mais cependant selon nous exemplaire sur bien des points). Ces divergences, qui font ressortir le commun, sont pour nous l’un des principaux facteurs de ce bouillonnement alléchant qui vit à Caen. Peut-être qu’il lui faut trouver encore plus de consistance commune (plus de réunions communes du milieu radical ?). Déjà, le cortège libertaire du 29, où des dizaines d’encagoulés ont été rejoints par de nombreux sympathisants, a pu être une étape. A refaire. Par ailleurs, peut-être que la dépendance vis-à-vis de l’Université et de son agitation est encore trop grande, et les liens avec le monde salarié trop faible. A réfléchir.
De plus, nous devons signaler la préparation d’une nouvelle journée de réappropriation de l’espace public (cool), ainsi que de l’anniversaire du squat du Pavillon Noir (re-cool) Une discussion enflammée sur la « lutte des classes » est en cours au sein du safari, certains voulant purement et simplement abandonner cette notion (des dangereux insurrectionnalistes à la mode), d’autres continuant à la prôner (des ringards de marxistes), d’autres encore pensant qu’elle existe mais sans potentiel révolutionnaire (des suisses ou des centristes radicaux, probablement), d’autres etc. etc. Si tu veux donner ton avis, n’hésite pas à le faire entre deux goulées de bière en rejoignant l’Oasis, on y va aisément même si le retour est souvent plus difficile.
Il nous a semblé nécessaire d’éditer un bulletin. Parce que d’après nous la multiplication de papelards revindicatifs (le néologisme est une arme) permet de créer des dynamiques et des liens entre les safaristes. Le Safari prend ainsi une forme collective, même si les individus qui le composent restent invisibles. Pendant que le Désert s’approfondit, le Safari ne cesse de croître, et même si toutes ses composantes ne sont pas d’accord sur l’objet de leur mécontentement, tous s’accordent sur une chose : nous agirons, ensemble.
Enfin, pendant que certains re-désertent le travail et que d’autres lorgnent vers la campagne avec envie, tous nos regards (et nos petits bras) sont tournés vers la fac dont on attend, re-enfin, l’étincelle qui allumera ce putain de baril de poudre. Sus à la propriété privée, à bas le travail et vive la Commune !

Et que souffle de nouveau à nos oreilles ce doux nom de Révolution !