Le vélo prend le pouvoir dans les rues de Paris

Assez rares il y a encore quelques années, les vélos sont devenus légion dans les rues de la capitale française, où naquit le vélocipède il y a près de 150 ans.

Le nombre de bicyclettes n’a cessé de croître depuis les grandes grèves de 1995, qui furent l’occasion d’une prise de conscience de la nécessité de pouvoir se passer des transports en commun, doublée depuis d’une volonté politique.

Pour Cécile Chartier, membre de l’association cycliste Vélo 15et7, « on a changé d’ère, de discours, de problématique« .

« Aujourd’hui, tout le monde trouve normal d’installer une piste cyclable alors qu’il y a cinq ans, on criait au scandale, comme si c’était une centrale nucléaire, on disait que personne n’allait l’emprunter !« , dit-elle à Reuters.

Le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, a fait de la promotion de la « circulation douce » – piétons, vélo – l’un des axes majeurs de son deuxième mandat, qui s’achève en 2014.

Rue de Rivoli, artère très fréquentée, les bicyclettes partagent la voie de droite aménagée avec les autobus, les taxis et quelques ambulances.

Kate Dupont l’emprunte tous les jours sur son Vélib’, le système de location de vélos mis en place par la mairie, pour aller de son domicile, proche de Bastille, à son travail, près du Louvre.

« Depuis le premier jour, j’ai laissé mon vélo pour adopter le Vélib’, je suis abonnée, j’adore ça« , dit-elle.

« C’EST ÉCOLOGIQUE« 

Derrière elle, Fabrice Kabuya, employé d’une société du net spécialisée dans les livraisons à bicyclette, a bien du mal à tourner à gauche sur son vélo équipé d’un grand porte-colis.

« On se fait souvent klaxonner. Les taxis, surtout, ne nous aiment pas« , dit le jeune homme.

« C’est moins rapide qu’un cyclomoteur, mais c’est écologique« , fait valoir le livreur, qui regrette qu’il n’y ait « pas suffisamment de pistes cyclables« .

Fort du succès du Vélib’, qui a fêté ses trois ans le 15 juillet, la mairie a décidé de passer à la vitesse supérieure, comme en témoigne le plan vélo 2010-2014 récemment dévoilé.

Ambition affichée : transformer Paris en une grande métropole cyclable où la pratique du vélo sera doublée en 2020. Et rejoindre des villes emblématiques comme Berlin ou Amsterdam, alors que Bruxelles et Londres viennent de lancer leur propre système de location de vélos.

Le Conseil de Paris a voté à l’unanimité en faveur du projet, qui prévoit la création d’une piste cyclable sur l’avenue des Champs-Elysées.

Paris devrait compter 700 kilomètres d’aménagements cyclables en 2014 (contre 440 aujourd’hui) dont deux grandes liaisons traversant la ville du nord au sud et d’est en ouest.

L’ouverture d’une maison des vélos est prévue près de Bastille, où les cyclistes trouveront des services de réparation, de location et des plans de la ville.

Chouchous des autorités, les cyclistes bénéficient de dérogations enviables.

En vertu d’une récente modification du Code de la route, ils peuvent emprunter depuis juillet dans les deux sens les petites rues à sens unique pour les voitures, où la vitesse est limitée à 30 km/heure.

Il leur sera aussi bientôt permis de tourner à droite au feu rouge à certains carrefours.

SAVOIR-VIVRE

Le dimanche, de nombreux axes, notamment en bord de Seine, sont réservés aux cyclistes, qui peuvent aussi profiter de randonnées diurnes ou nocturnes organisées par des associations.

Malgré quelques difficultés de mise en route, et beaucoup de vandalisme, le système Vélib’ (80 millions de trajets en trois ans, 162.000 abonnés longue durée) s’étend : 300 stations ont été installées dans 30 communes voisines de la capitale.

Pour les sportifs du dimanche ou ceux qui ont de longs trajets à faire, l’achat d’un vélo à assistance électrique est encouragé par la mairie de Paris via une subvention.

Bien moins dangereuse que le deux-roues motorisé, la bicyclette reste une pratique risquée : les vélos représentent 3% du trafic parisien mais les cyclistes constituent près de 7% de l’ensemble des victimes de la circulation.

Six d’entre eux ont été tués l’an dernier contre cinq en 2008, la plupart lors de collisions avec des véhicules.

Les cyclistes se mettent aussi en danger en ne respectant pas le Code de la route.

« Certes, l’exposition globale au risque des cyclistes s’explique pour une part par la très forte augmentation des déplacements en vélo mais leur comportement n’est pas toujours exemplaire« , note la préfecture de police dans son rapport 2009.

Etre un bon cycliste est aussi une question de savoir-vivre.

Cécile Chartier se souvient d’une époque pas si lointaine où « être cycliste, ça voulait dire avoir une certaine pratique des rues de Paris, être assez poli, respectueux« .

« Aujourd’hui on voit que les cyclistes sont tout aussi incivils que les autres usagers de la route« , note-t-elle. « Ils ne font pas d’excès de vitesse mais ils dépassent parfois par la droite ou roulent sur les trottoirs« .

Source : Reuteurs