Le tour du monde à vélo

Françoise et Claude Hervé sont passés à la postérité parmi les plus grands voyageurs à vélo. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 14 ans autour du monde, 66 pays traversés, 150.000 kilomètres parcourus. 503 crevaisons. 89 pneus consommés, 40 chambres à air changées, 2 fourches remplacées, 54 rayons, 6 selles, 12 dérailleurs, 54 patins de frein, 97 câbles, 7 jantes, 19 béquilles… Hors normes.

Ils partent le 1er avril 1980, larguant tout pour l’inconnu. « A nous les grands espaces et une vie libérée des contraintes quotidiennes de notre société. » Le couple a décidé de fuir le conformisme. « Nous avons voulu briser le chemin rectiligne qui se profilait à l’horizon et qui représentait notre destin : un métier, une famille, une maison… Las de la routine, effrayés par la perspective monotone de notre devenir, nous voulions vivre une expérience à deux. » Ils arrêtent le travail, quelques économies en poche, vendent leur bagnole, consultent des cartes, se retrouvent seuls avec leurs vélos Follis faits sur mesure, « de plus en plus libres et enthousiastes ». Aucun sponsor. Leur aventure, ils la financent avec leur épargne, puis des conférences données sur la route (500 en 14 ans !), des articles et des photos vendus à travers le monde.

« Nous partons à la recherche d’un autre mode de vie, d’une philosophie où l’argent, les apparences et le luxe ne seront plus les valeurs essentielles. Nous refusons la hiérarchie, la bassesse, la peur, la haine. Nous voulons respirer, non pas nous essouffler ; marcher, non pas courir. Il nous faut réapprendre à écouter, à comprendre, à aimer. » Pour cela, le vélo est idéal. « La vitesse n’est pas de notre voyage. Nous serons des tortues, furetant de tous côtés, curieux de savoir quelles fleurs poussent au gré de notre route. Nous porterons notre maison et ne laisserons pas de fumée malodorante derrière nous. Partir à bicyclette est une façon humble et non agressive d’aborder autrui. C’est aussi une manière de dire aux gens que nous passons, simplement, sans idée d’intrusion ou de supériorité, mais avec la volonté de faire un petit bout de chemin avec eux. »

Ce n’est plus un voyage, mais un mode de vie. Intense, ponctué d’un mariage au Pakistan, et de la naissance de leur fille Manon en Nouvelle-Zélande. Qui suivra de 1988 à 1994 dans une remorque.

Leur récit fascinant, joyeux et simple, retrace cette incroyable épopée, faite de rencontres fortes, d’amitiés, mais aussi de moments difficiles dont ils parviennent toujours à se sortir… C’est une ode à la fraternité, à l’existence pleine. Avec la liberté absolue comme ligne de conduite : « Nous voulons demeurer les maîtres de notre destinée. »

Françoise et Claude Hervé, Le tour du monde à vélo, Le cherche midi éditeur, 1995.

Source : http://pedaleurop.over-blog.com/