Vieux vélos au rebut : ça vaut le clou

Lancé au printemps, cet atelier vélo répond à un double objectif : l’insertion de personnes exclues de la vie active et contribuer à recycler des bécanes vouées au rebut.

« C’est une aberration ! Il va falloir changer le panneau ! », lance Antoine Roméro en désignant le pictogramme, un vélo, qui trône au-dessus de la benne à ferraille. Que les choses soient claires : à la déchetterie de la Fajeolle, la bicyclette cabossée est traitée comme une reine. Vieux cadrans rouillés, roues voilées, bécanes jetées au rebut… Lorsque le particulier vient se débarrasser d’un bicycle en fin de vie, l’agent le détourne et le consigne dans sa guitoune. Une fois par semaine – le mercredi – Antoine Roméro, éducateur technique de l’Adaff ( Association départementale d’aide aux femmes et familles) et son équipe viennent récupérer leur butin et s’en retournent, au fond de l’atelier, redonner vie à ces vieux clous. Ce mercredi, Wada, Benoît et Tino ont chargé un vélo pour enfant dans la camionnette de l’association. Et hop, direction la Pointe-Ferrand, pour réparer tout ça. « Depuis qu’on a démarré, on a tout remis en service grâce à la récup’. La seule chose qu’on a achetée, ce sont des rustines ! », dit avec fierté Antoine Roméro. Depuis toujours, son dada, c’est la mécanique et le système D. Et le vélo, il en connaît un rayon même s’il n’est pas cycliste.

100 vélos recyclés en 5 mois

L’atelier est impeccable. Au mur, un tableau d’outils soigneusement rangés. Pour chaque clé et autres pinces, leur forme tracée au feutre à même le support n’autorise nul désordre. Itou pour les pièces étiquetées et classées dans des boîtes/bidons posés sur les étagères. Guidons, chaînes, pédales, patins de freins, câbles… L’organisation est de mise. Depuis le mois de mai, Antoine est l’animateur de cette activité de réparation qui fait partie des « ateliers d’adaptation à la vie active » d’une association qui œuvre à la réinsertion sociale. L’objectif est double pour les participants qui désossent, démontent, trient, remontent, réparent, repeignent et remettent en service les vélos retapés: mettre le pied à l’étrier de la vie active, retrouver confiance en soi. L’autre enjeu tient dans le réemploi et le recyclage du mode de transport le plus écolo et économique : le vélo. Et c’est par le biais d’une convention avec le Smictom, signée en mai, que s’articule ce volet environnemental et solidaire.

En cinq mois, une centaine de vélos ont été récupérés et ont servi à en remodeler une trentaine. Certains ont été vendus (entre 30 et 60 € pièce) à des adhérents de l’Adaff et la plupart prêtés aux bénéficiaires de cette action et à leurs collègues des centres d’hébergement et de réinsertion sociale. « C’est une très bonne opportunité pour moi », sourit Tino. « J’avais travaillé dans la carrosserie et la mécanique. Le vélo s’y rapporte un peu ! ». « ça a l’air simple, un vélo, mais c’est aussi complexe qu’une Ferrari ou une 2CV ! ça dépend des modèles ! », se marre Antoine Roméro.


Les encombrants : un gisement de 5000 tonnes

Sur les 18 000 tonnes annuelles de déchets collectés dans les huit déchetteries de l’Agglo, 5 000 restent sur les bras de la collectivité. Ce sont les fameux encombrants (meubles de plastique, électroménager, vélos, canapés…) dont les bennes intéressent aujourd’hui l’Adaff. Comment réduire ce tonnage et comment mettre en œuvre de nouvelles filières pour recycler ce gisement ? C’est la question sur laquelle planche un bureau d’étude, à la demande du Smictom. Les premiers résultats sont attendus pour la mi-novembre. « Il nous faudra sans doute aller vers une recyclerie dans ce département et en s’adossant ou pas aux associations d’insertion. L’étude va nous permettre d’envisager des pistes », explique Michel Cornuet, le président du Smictom. Là où le bât blesse particulièrement, c’est sur le recyclage de l’électroménager et de l’électronique. Il est inexistant alors que le « gisement » est important et porteur d’emploi. Outre l’Adaff, l’association le Parchemin a aussi signé une convention autour de la déchetterie de Leuc, fin août.


repères

Le chiffre : 7 000

euros>débloqués par le département. C’est l’enveloppe attribuée pour quatre mois à titre expérimental. Cette aide augure de l’élargissement de cette action au public qui perçoit le RSA. Capacité maximale de l’atelier: dix personnes.

« ça a l’air simple, un vélo, mais c’est aussi complexe qu’une Ferrari ou une 2CV ! ça dépend des modèles »

Antoine Roméro, éducateur technique à l’Adaff

Source : la dépêche.fr