Le Parti Du Vélo

Pourquoi ne pas constituer un Parti Du Vélo pour défendre nos couleurs lors des différentes élections politiques? A l’image du Parti Pirate berlinois qui a obtenu plusieurs sièges à l’assemblée de Berlin, on pourrait envisager en France la création d’un Parti Vélo pour les élections municipales, cantonales, régionales, législatives ou même présidentielles.

Évidemment, même en partant en descente et vent dans le dos, on peut supposer qu’il sera extrêmement difficile de remporter quelque élection que ce soit. Pour parler marketeux dans le texte, le vélo reste un « concept clivant »… surtout pour beaucoup d’automobilistes!

Ceci dit, le pirate aussi était un « concept clivant » et ils ont quand même fait un score énorme à Berlin! Et entre nous, le Parti Pirate vise essentiellement les jeunes car vous connaissez beaucoup de vieux intéressés par les questions de DRM ou de Creative Commons? Par contre, le Parti du Vélo peut intéresser tout le monde, des plus jeunes aux plus vieux. Notre cible électorale est énorme, toute personne sachant faire du vélo (y compris avec des roulettes).

En outre, l’objectif est moins de gagner des élections que d’occuper le terrain politique et médiatique. Les pirates l’ont très bien compris. Quand on se présente à des élections, en particulier sous une bannière originale et décalée, on accède à un espace médiatique permettant de diffuser ses messages.

Certains diront qu’on va favoriser la fragmentation de l’électorat et participer à la division. A vrai dire, si même un Hervé Morin ou une Christine Boutin arrivent à se présenter à l’élection présidentielle, cela veut dire qu’on a une piste cyclable droit devant nous pour se présenter! Quant à la division, nous la revendiquons politiquement car le vélo urbain est quand même beaucoup plus pratique que le pédalo hollandais!

Plus sérieusement, à l’instar du Parti Pirate berlinois, rien n’interdirait au Parti Du Vélo de concéder des alliances avec les partis les plus favorables à nos idées. Et on serait même prêts à abandonner si nécessaire quelques pistes cyclables au PS en échange de circonscriptions législatives!

Également, certains on pu reprocher au Parti Pirate d’être un parti sectoriel ne traitant que certains aspects de la politique (réforme du droit d’auteur, libertés individuelles, neutralité du Net, etc.). Sauf que le Parti Pirate ne s’interdit pas d’aborder d’autres questions (légalisation de la Marijuana, suppression des amendes dans les transports en commun, etc.).

Qu’en serait-il d’un Parti Cycliste? A ce stade, on peut penser que le Parti Du Vélo pourrait être beaucoup plus transversal que le Parti Pirate, car le vélo peut constituer un véritable projet de société alternatif nous permettant de surmonter les crises économiques, sociales, énergétiques et environnementales.

Le vélo répond aux crises économiques structurelles du capitalisme, en particulier la crise de la dette, en proposant une économie relocalisée, à échelle humaine, une « économie économe » qui privilégie le « mieux vivre » plutôt que le « consommer plus », le Bonheur National Brut plutôt que le Produit Intérieur Brut. Selon l’OMS, l’impact annuel du vélo sur la santé en France fait économiser 5,6 milliards d’euros de dépenses de santé avec la pratique actuelle (moins de 3% des déplacements!). Dans le cadre d’une société entièrement cyclable, ce sont plusieurs dizaines de milliards d’euros économisés tous les ans!

Le vélo répond également aux enjeux sociaux, en tant qu’outil convivial, il permet à chacun de se déplacer librement dans la mesure où la société met en place les conditions de mobilité et d’urbanisme adaptées à sa pratique optimale. Le vélo peut libérer les gens de leurs crédits et de leur dépendance au pétrole, les rendre à la fois plus autonomes et plus solidaires, plus riches et plus économes.

Le vélo répond aux crises énergétiques car la mise en place d’une société vélocipédique, autant en termes d’aménagements cyclables que d’aménagements du territoire, nous libère à la fois de notre dépendance pétrolière et nucléaire. Sans avoir besoin de développer massivement la voiture électrique qui n’est rien d’autre qu’une voiture nucléaire ou les agrocarburants qui viennent accaparer des sols toujours plus pollués, le vélo représente l’outil convivial absolu de la nécessaire transition énergétique qui nous attend.

Enfin, le vélo répond bien entendu aux crises environnementales. Qui en doute encore? Le développement massif du vélo permettrait de limiter drastiquement les émissions de CO2 et la pollution, favoriserait la biodiversité, la diminution du bruit, la qualité des paysages, la qualité de vie, etc.

On voit par-là que le Parti Du Vélo est sans doute beaucoup plus généraliste que le très sectoriel Parti Europe Ecologie-Les Verts, qui pourrait toutefois constituer une tendance au sein de la future majorité Vélo…

Bien entendu, il ne s’agit là que de quelques lignes de force. Dans le détail, le vélo peut aussi apporter une multitude de réponses à la quasi-totalité des problèmes générés par notre société actuelle. Ainsi, les accidents de la route provoquent chaque année des dizaines de milliers de drames humains générant en outre des coûts sociaux énormes. Une société du vélo permettrait de sauver des vies et de réduire les coûts liés à ce carnage motorisé organisé.

Et on peut même faire le pari que le Parti Du Vélo pourrait avoir un point de vue éclairé sur à peu près n’importe quel sujet. Exemple pris au hasard: allons voir quelle est l’info la plus importante de Google News à l’instant précis où j’écris ces lignes. Il se trouve que le Figaro nous apprend que « F. Hollande ne remettra pas en cause le véto français à l’ONU »… Bon OK, c’est pas évident!

Mais, en cherchant bien, on peut quand même dire qu’on est contre le principe d’un véto exercé arbitrairement par les 5 membres du Conseil de sécurité de l’ONU, survivance d’une période d’après-guerre marquée par la guerre froide et par un néo-colonialisme honteux qui asservit les peuples du monde au capitalisme ultralibéral en provoquant la destruction du climat et de l’environnement. Donc, le Parti Du Vélo est forcément pour remettre en cause le véto français mais aussi l’idée même de véto à l’ONU! Et pour les interviews télé, on martèlera alors un message simple: « Des vélos, pas des vétos! »

De manière pragmatique, quel pourrait être le programme d’un Parti Du Vélo?

Vaste sujet qui mériterait débats et concertation. Mais à ce stade, on pourrait déjà envisager la mise en place d’une transition vélocipédique, à savoir se donner l’objectif sur 20 ou 30 ans d’arriver à une société où le vélo représente 90% des déplacements.

Pour parvenir à cet objectif, il faut repenser les réseaux de transport, de production et de distribution. Mais aussi redéfinir les modes d’habitat et de travail, repenser l’urbanisme et l’aménagement du territoire. Il faut également mettre en place les textes législatifs et réglementaires nécessaires ainsi qu’une fiscalité ad hoc.

Comme premières mesures emblématiques d’urgence, on pourrait envisager la suppression de tous les aéroports français et la reconversion des autoroutes en véloroutes interdites aux voitures.

Dès notre arrivée au pouvoir, il faudra mettre en place un ministère de la relocalisation, un ministère de la transition énergétique et surtout un super-ministère de la cyclabilité qui évaluera l’ensemble des politiques publiques à l’aune de leur cyclabilité. Mais il faudra aussi transformer le ministère du développement durable en ministère de la décroissance, le ministère de l’agriculture en ministère de l’agriculture biologique et le secrétariat des transports en secrétariat des liaisons douces!

Mais il faut surtout dès à présent des femmes et des hommes prêts à défendre ces idées et à porter la bannière du Parti Du Vélo. Et il faudra ensuite trouver des slogans, des affiches, des logos, etc.

Ensemble, réapproprions-nous la vie politique! Suscitons le débat public que notre société mérite! Partageons l’avenir!

Image: Artcrank2010 par Allan Peters

Source : Marcel Robert carfree.free.fr