Il fait le tour de la France en suivant les pointillés

Parti du Mont-Blanc le 10 août, l’alpiniste saumurois Lionel Daudet effectue un tour de France bien particulier. Il suit les frontières de l’Hexagone, façon raid écolo, sans utiliser aucun engin à moteur. Il longe actuellement le littoral des Côtes d’Armor.

Un extraterrestre, ce Lionel Daudet. La dernière lubie de Dod, comme le nomment ses copains, c’est de suivre les frontières françaises à pied, à vélo, à la voile… dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Avec le Mont-Blanc comme point de départ et d’arrivée. Il a appelé ça le Dodtour : en gros 5 000 km à parcourir et 1 000 sommets à franchir. Et un interdit : l’utilisation de tout moyen motorisé. Soit 365 jours de raid en version écolo, hors du temps, hors du monde réel.

Voilà un peu de plus de quatre mois qu’il a entamé ce singulier tour de France. Une idée née en 2007, après avoir réalisé, en trois mois, le tour des Alpes. « Pourquoi s’arrêter là ? »

Ce matin d’hiver, Lionel n’est pas en forme. Hier soir, il a fait une entorse à son régime de sportif. Il était invité chez des amis. Il s’est couché après 21 h. Et ça l’énerve. Ce professionnel de l’alpinisme, habitué à la montagne en solitaire, plutôt par la face Nord – celle du Cervin, en février 2002, lui coûta huit orteils – ne plaisante pas avec son hygiène de vie.

La balise GPS sur l’épaule, en guise de mouchard, la caméra rivée au casque, il peut enfourcher son vélo. Son obsession : se recaler avec précision là où il a stoppé la veille au soir. « Aujourd’hui c’est simple, il suffit de suivre la côte », ironise cet éternel joueur quadragénaire.

Il s’ouvre le chemin entre eau et sable, pour être « au plus près des frontières », l’une des philosophies de son Dodtour. L’autre, c’est la rencontre avec les gens. Il est régulièrement accompagné dans son périple. « Si une personne dispose d’un kayak par exemple, je vais volontiers faire le tour d’une île avec lui. »

Mais là, le rythme s’accélère. Lionel a décidé de « tirer une droite » dans les bouchots de la baie de l’Arguenon, entre Saint-Malo et Fréhel. La marée est montante et l’eau arrive aux mollets. Une fois de l’autre côté, le visage de Lionel s’illumine : « C’était une véritable portion d’autoroute. »

Il sort son repas de son sac. Une simple ration d’abricots secs. Il vit dans un autre monde, cet aventurier, bien loin des recommandations alimentaires préconisées par les spécialistes du monde sportif.

Deux mois d’alpinisme pour finir

Lionel vit de son art. Une grande partie de l’argent qu’il gagne provient de ses contrats de sponsoring et de l’exploitation de ses films, photos, livres… qu’il réalise après chaque expédition. « Pour ne pas te compromettre, il faut imposer ton style, ta vision de la montagne, transmettre tes valeurs. J’ai mis dix ans pour y parvenir. »

Direction le sentier des Douaniers pas vraiment roulant et pas autorisé à vélo. Mais dans son esprit, ce sentier fait partie de la frontière, ce « no man’s land » comme il aime le définir, « un lieu qui n’appartient à personne, lieu d’union entre les peuples ». Un espace sans interdiction où Dod aime se mouvoir. « Interdit à vélo ? Il suffit d’être courtois, de ralentir et tout se passe bien, non ? »

Il questionne un randonneur sur l’éventualité de récupérer la plage : « Par le chemin, à gauche, à vélo c’est juste… » Peu importe l’avertissement. Ce sera quand même par là pour réaliser cent mètres de plus « au plus près des frontières ».

Normalement, sa femme, qui s’occupe de l’intendance et l’accompagne, vient rejoindre Lionel à l’arrivée de ses étapes de 50 km en moyenne. Mais aujourd’hui « le Martien » a décidé de rejoindre le camping-car par la route et à vélo, « pour ménager Véro ». 34 km en plus, gilet fluo sur le dos, lampe rouge clignotante à l’arrière et odeur des gaz d’échappement en prime…

Aujourd’hui, il a passé Paimpol, dans les Côtes d’Armor. Tout au bout de la Bretagne, il lâchera son vélo pour escalader les rochers de la pointe de Pen-Hir, dans la presqu’île de Crozon, avec des grimpeurs locaux. Des amis de la navigatrice Isabelle Autissier – connue lors d’une expédition mer-montagne en Antarctique – l’aideront aussi à faire le tour en voilier de l’île d’Ouessant.

Plus tard, ce sera la traversée de l’estuaire de la Loire, organisée par les salariés de son sponsor principal, « vraisemblablement en pirogue ». L’un des points forts de l’aventure sera une traversée inédite des Pyrénées. Deux mois d’alpinisme. Pour le final, Lionel espère s’envoler en parapente du Mont-Blanc pour atterrir à Chamonix et conclure en beauté ce fantastique périple.

Site : www.dodtour.fr

Source : Éric MOUSSEAU – Ouest-France